CHAPITRE IV
de ces moments heureux où le gouvernement esl facile. Quinze ans passés depuis la (in du règne de Louis XI avaient sufli pour faire le (l iage du bien et du mal dans les conséquences de ce règne; la souffrance nationale s'élait guérie d'elle-même, et de toutes parts éclataient des signes de progrès et de prospérité. La culture des campagnes s'améliorait et se multipliait, de nouveaux quartiers se formaient dans les Tilles, et partout l'on bâtissait des maisons plus commodes ou plus somptueuses. L'aisance de la classe moyenne se montrait plus que jamais dans les habits, les meubles et les divertissements coûteux. Le nombre des marchands s'était accru de manière à exciter l'étonnemenl des contemporains, et le commerce lointain avait grandi en étendue et en succès; le prix de toutes choses était plus élevé, les terres rapportaient davantage, et la rentrée des impôts avait lieu sans contrainte et à peu de frais (1). C'est peut-être là qu'il faut placer, dans la série de nos progrès nationaux en richesse et en bien-être, une secousse intermédiaire
(I) L'on veoid généralement par tout le royaume baslir granits édifices tanl publiques que privez... Et si sont les maisons meublées de loulcs choses trop plus somptueusement que jamais ne retirent; et use l'on de vaisselle d'argent en tous estais plus qu'on ne souloil... Aussi sont les Imbillemeiis et la manière de vivre (dus somptueux que jamais on ne les veid... El pareillement on vtniii | f ;s mu r luges 'li'- femmes hop plus grands el le prix des héritages el rie lonles aunes choses plus hanll,.. Le revenu des bénéfices, des terres el des seigneuries est creu partout généralement de beaucoup... Aussi esl l'entrecours de lu marchandise, tanl par mer que par terre, fort multiplié... Toutes gens (excepté les nobles, lesquels encore je n'excepte pus tous) se meslent de marchandise. El pour un marchand que l'on trouvoitdu temps dudict roy Louys omiesme, riche el grossier a Paris, ù Rouen, a Lyon, et aux autres bonnes villes du royaume el généra lem en l par ton le la France, l'on en trouve de ce régne plus de cinquante. El si en ha par les petites villes plus grand nombre qu'il n'en soulolt avoir par les grosses et principales citez; tellement qu'un ne fuict guières maison sur rue qui n'ait boutique pour marchandise ou pour an mécanique... L'on veoid aossi quasi par tout le royaume faire jeux et étalements â grands frais el cousis... Et si suis informé par ceulx qui ont principale charge des finances dit royaume, gens de bien el d'auctoiité, que les laillcs se recouvrent à présent beaucoup plus aisément, et à moings de contraincte et de frais, sans comparaison, qu'elles ne faisaient du lemps des roys passez. {Lu louenga du bon roy de France Louis XII, dict pire du peuple, el de la félicite de ton règne, par Claude do Seyssel, «Mil. de Théod. Godefroy, p. H i et suiv.)
entre celle qu'avait provoquée, trois siècles auparavant, la révolution municipale, ei l'impulsion souveraine qui fut donnée, trois siècles après, par la révolution constiiuiionnelle du royaume, A ce point répond d'ailleurs le premier degré de fusion des classes diverses dans un ordre public qui les embrasse et les protège toutes, sur un territoire désormais uni et compacte, et sous une administration déjà régulière et qui tend à devenir uniforme. *
11 semble que Louis XII ail eu à cœur d'éteindre tous les griefs dénoncés par les états de 1484; le plus grand acte législatif de son règne, l'ordonnance de mars 1499 en est la preuve. L'on y voit, à propos du règlement de tout ce qui regarde la justice, l'intention de satisfaire aux plaintes restées sans réponse, et de remplir les promesses imparfaitement exécutées. Le principe de l'élection pour les offices de judicalure, principe cher à l'opinion bourgeoise et qu'avaient hautement soutenu les réformateurs de 1413, s'y montre accompagné de garanties contre l'abus de la vénalité des charges (1). Le gouvernement de Louis XII était surtout économe et affectueux pour le pauvre peuple; il se proposa généreusement, mais imprudemment peut-être, la lâche de continuer la guerre en diminuant les impôts. Ce roi , d'un esprit chevaleresque, fut l'idole de la bourgeoisie; il avait pour elle de grands égards sans affecter en rien de lui ressembler. La seule assemblée politique tenue sous son règne fut un conseil de bourgeois où la noblesse et le clergé ne figurèrentque comme ornement du trône; les députés des villes et du corps judiciaire, seuls convoqués expressément, votèrent seuls , et c'est dans ce congrès du tiers état que fut décerné à Louis XII, par ta bouche d'un représentant de Paris, le titre de Pendu peMpïe,que l'histoire lui aconservé (2).
(() Voy. l'ordonnance de mars 1+99, sur la réforme île la justice, art. 30, 31, 32, 41), il el +8, Recueil aVs uncitiine» foi* françaises, par 11. Isambert, 1. XI, f>. 333. — La vénalité des charges, d'abord interdite par les rois, puis tolérée et mise en pratique par eu», reparut sons le règne de François I", cl depuis lors, clic se maintint malgré les réclama lions des états généraux, el les promesses du gouvernement.
(î) Poar laquelle chose (U mariage de madame Claude de France avec