‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 37 sur 156 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

nomination directe obtenue par le mérite, senl ou aidé de faveur, et celui que frayait aus candidats la vénalité des charges, abus passé en coutume par la connivence des rois, mais qui, à cause des conditions de grades et d'examen préalable, ne dispensait pas de tout mérite. La riche bourgeoisie profilait de cette voie, pendant que l'autre s'ouvrait, au pris de fortes études, à toutes les classes, jusqu'aux dernières du tiers élat (1). Du envoyé de Venise, observateur sagace, remarque dans les familles de cet ordre, comme un trait caractéristique, le soin des parents à faire que quelqu'un de leurs fils reçoive l'instruction littéraire, en vue des nombreux emplois el des hautes dignités qu'elle procurait (2). Il attribue à cette ambition le grand nombre des universités que la France possédait alors, et, dans l'Université de Paris, le grand nombre des étudiants, qu'il porte à plus de quinze mille (5). Un autre ambassadeur vénitien observe que ces étudiants pour la plupart sont trèspauvres el vivent des fondations faites dans les collèges, témoi-

(lj El si penlt chascim dudicl dernier eslat parvenir au second par vertu cl diligence, tans aulre moyen de grâce ne de privilège. {La Monarchie de Franct,i" partie, ehap. x\n.) L'auleur, niellant à purll'or.lre ecclésiastique, compte Irais états dans lu population., savoir : lu noblesse, le peuple moyen et le peuple menu.

(2) Ointe l'cstanitoin manodel populo lulli nuestioflliii con ehe si acquisla repulaiione e richezze, e lorcaiidone sempre due ugli uomini ilï lelterc o dï robba lunga, quel 1 y.v.m cnurdlicru , e il riiiiiu'ggio Jclhi ^iusliiia elle & amplissinio e lia luoglii inlinili, ogni padre rirca di melirr quulcuno de suoï figli alto studio per qiiesto eft'ello. (Michel Suriano, Relations des ambaisadeuri vénitien», t. 1, p. WG.i — Jérôme Lippomano, ambassadeur en 1!)7"> répète la même chose dans les ternies suivante ! Onde ti padri di queslo ordine hanno questa riira particolart di diseiplinare li loro figtinoti nette letttrt, ptr farti uomini di roba lunja e per abititurli allé di'jnità lOpradclle. {Ibid., t. 11, p. 9000

(5) Clie di quà nasee lanlo numéro di scolari in Francia, che nan ne sono altro tanii in alcun allro regno di Oisiinni : c Parigi solo n ha più di quindicimila. (Micliel Suriano, ibid., 1. 1, p. i8G.) — La relation de Jérôme Lippomano donne un chillïc beaucoup plus élevé : Cuusa che per il regno li veggono tante univttfità, e quelle tulle cosi piene di scolari, e epcvialmente in guetta di Parigi, nella quale ve ne tono tempre venticinque o trentamila per ordinario. (Ibid., t. II, p. i96.) — En 1560, il y avait en France dix-huit universités. Voyez YHittoirc de l'inttruetion publique en Europe, par a. Vallet de Vi mille, p. 193.

gnage certain, pourlexvr siècle, de cette aspiration des classes inférieures vers les lettres et le savoir qui se marque par tant de signes dans les deux siècles suivants (1).

Tandis que les jeunes gens du tiers état qui se livraient à l'étude avaient devant eut l'espoir d'arriver aux plus hautes fonctions publiques, pour ceux qui s'en tenaient à suivre la prufession de leurs pères, les métiers de changeur, d'orfèvre, de mercier, de drapier, de fileur de soie, ou d'autres inférieurs à ceux-là, mais non moins lucratifs, la perspective s'agrandissait. Grâce au progrès des relations commerciales, et au développement ou, pour mieux dire, à la naissance du crédit, il se formait dans la bourgeoisie marchande, pour y prendre le premier rang, une classe nouvelle, celle classe d'hommesquî accumule des capitaux en même temps pour son profit et pour le service des autres, qui, par l'esprit d'économie joint à l'esprit de spéculation , remplit incessamment le vide que font dans la richesse publique, d'une part, les dépenses nécessaires au travail producteur.etdel'autre les consommations improductives. Le système des fermes générales importé d'Italie en France, et les opérations de crédit auxquelles s'essaya d'une façon plus ou moins heureuse la dynastie des Valois, commencèrent à fonder l'importance de plus eu plus grande des capitalistes qu'on appelait alors financiers (2). Chargés de faire, soit comme fermiers, soit comme régisseurs, le recouvrement des impôts, banquiers du trésor et dépositaires des recettes opérées par les comptables, avançant des fonds pour toutes les entreprises de guerre ou de paix, ils eurent, dans les affaires d'État, une part

(!) Il studio è di forsc sedici in viulimila scolnri, ma mollo miser! per il piû; «ivendo nelli collegii che sono slali fondait a questo. (Relation de Murino Cavalli envoyée en t KM, Relation!, etc., p. 262.)-Vers 1BB0, il y avait ù Pai is soixante et douze collèges, lu plupart fondés spécialement pour des villes et des provinces de France, dont ils portaient le nom. Quelques-nns, comme ceux des Allemands, des Lombards, des Écossais, de Suéde et de Cornonailles, étaient des fondations étrangères. Voyei l'ouvrage déjà cité de M.VnlleldeViriville, p. lfiC.

(9) Voyez les Recherche! mr la finances de France, par Forbonuais, t. 1, p. 18 el soir.

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