CHAPITRE PREMIER
d'esclaves domestiques de la ville à la campagne, et du service de la maison an travail des champs. Ainsi cotés, comme s'expriment les actes des vin* et jx* siècles (l), leur condition devint analogue, bien que toujours inférieure, d'un coté a celle du lite germanique, de l'autre à celle du colon romain.
L'esclavage domestique faisait de la personne une chose, et une chose mobilière; l'esclave attaché à une portion de terre entrait dès lors dans la catégorie des immeubles; en même temps que cette dernière classe, celle des serfs proprement diu, s'accroissait aux dépens de la première, la classe des colons et celle des liles durent s'augmenter simultanément, par toutes les chances de ruine et de mauvaise fortune qui, à une époque de troubles continuels, affectaient la condition des hommes libres. De plus, ces deux ordres de personnes, que distinguaient non-seulement des différences légales, mais encore la diversité d'origine, tendirent à se rapprocher l'un de l'autre cl à confondre par degrés leurs caractères essentiels. Ce fut, avec le rapprochement opéré dans les hautes régions sociales entre les Gaulois et les Germains, le premier pas vers la fusion des races, qui devait, après cinq siècles, produire une nation nouvelle.
Au cœur même de la société barbare, ce qui avait primitivement fait sa puissance et sa dignité, la classe des petits propriétaires, diminua et finit par s'éteindre en tombant sous le vasselage ou dans une dépendance moins noble qui tenait plus ou inoins de la servitude réelle. Par un mouvement contraire, les esclaves domiciliés sur quelque portion de domaine et incorporés à l'immeuble, s'élevèrent, à la faveur de cette fixité de position et d'une tolérance dont le temps fit un droit pour eux, jusqu'à une condition très-voisine de l'état de lite et de l'état de colon devenus eux-mêmes, sous des noms divers, à peu près identiques. Là se fil la rencontre des hommes libres déchus vers la servitude, et des esclaves parvenus à une sorte de demi-
(I) Voyez la nouvelle édition du Glossaire de Du Cangt, par M. Bciraahd, l. Il, p. 214, au mol Casati.
liberté. Il se forma ainsi, dans tonte l'étendue de la Gaule, une niasse d'agriculteurs et d'artisans ruraux, dont la destinée fui de plus en plus égale, sans être jamais uniforme, et un nouveau travail de création sociale se fit dans les campagnes pendant que les villes étaient stationnâmes ou déclinaient de plus eu plus. Celte révolution lente et insensible se lia, dans sa marche graduelle, à de grands défrichements du sol exécutés sur l'immense étendue de forêts et de terrains vagues qui, du fisc impérial, avaient passé dans le domaine des rois frauks, et dont une large part fut donnée par ces rois en propriété à l'Église et en bénéfice à leurs fidèles.
L'Église eut l'initiative dans cette reprise du mouvement de vie et de progrès; dépositaire des plus nobles débris de l'ancienne civilisation, elle ne dédaigna point de recueillir, avec la science et les arts de l'esprit, la tradition des procédés mécaniques et agricoles. Une abbaye n'était pas seulement un lien de prière et de méditation, c'était encore un asile ouvert contre l'envahissement de la barbarie sous toutes ses formes. Ce refuge des livres et du savoir abritait des ateliers de tout i;enre, et ses dépendances formaient ce qu'aujourd'hui nous appelons une ferme modèle (1); il y avait là des exemples d'industrie et d'activité pour le laboureur, l'ouvrier, le propriétaire. Ce fut, selon toute apparence, l'école où s'instruisirent ceux des conquérants à qui l'intérêt bien entendu fil faire sur leurs domaines de grandes entreprises de culture ou de colonisation, deux choses dont la première impliquait alors la seconde.
Sur chaque grande terre dont l'exploitation prospérait, les cabanes des hommes de travail, lilea, colons ou esclaves, groupées selon le besoin ou la convenance, croissaient en nombre, se peuplaient davantage, arrivaient à former un hameau. Quand ces hameaux se trouvèrent situés dans une position favorable, près d'un cours d'eau, à quelque embranchement do routes, ils
(t) Voyei le Mémoire de M. Migaet sur cette question : Comment l'ancienne Germanie est entrée dans la société civilisée de l'Europe accidentait. Mémoires de l'Académie des stieneci morale! cl politiques, t. III, p. 073.