CHAPITRE VI
entrevue où Us scellèrent, en s'embrassant, l'union du parti royal et du parti calviniste. Leurs deux armées n'en formèrent plus qu'une seule, qui bientôt se porta vers Paris, où la Ligue était maîtresse, et d'où elle agissait sur les provinces. Arrivés sous les murs de la ville, qui fut frappée de terreur à leur approche, les rois campèrent, l'un, celui de France, à Saint- Cloud, l'autre, celui de Navarre, à Meudon. Les apprêts du siège étaient terminés à la lin de juillet, et l'assaut devait avoir lieu le 2 août; mais Henri III ne vit pas ce jour. 11 fut tué d'un, coup de couteau par un jeune moine dominicain poussé au régicide par son fanatisme ligueur, des prédications furieuses, d'adroites manœuvres et la consternation qu'il voyait régner dans Paris (1). Ainsi la Ligue rendit à Henri III crime pour crime, et le même coup vengea sur lui l'assassinat des Guises et les meurtres de la Sain (^Barthélémy. Du reste, ce prince eut une mort qui rachetait jusqu'à un certain point tes faiblesses de son règne, il n'hésita pas à ce dernier moment sur ses devoirs de roi et de patriote; il voulut jeter les fondements de la réconciliation nationale. Il fit appeler le roi de Navarre, et lui dit : * Mon frère, la couronne est vôtre après que Dieu « aura fait sa volonté de moi. > Puis, s'adressanl aux princes et aux nobles qui entouraient son lit, il leur commanda de jurer au successeur légitime obéissance et fidélité; tous, mettant le genou en terre, firent ce serment (2).
Ce fut le 4 août 1589, qu'après avoir signé la promesse de maintenir sans altération la religion catholique (3), Henri de
(1) Ceci arriva dans la matinée du 1" août tic moine se nommait Jacques Clément.
(2) Palma Cayct, Chronologie nowmtotrc , collection Michaud , t. XII, p. 150.
(3) Nous Henri, par la grâce de Dieu, roi de France el de Navarre, promenons et jurons, enfoy et parole de roi, par ces présentes signées de noire main, & tous nos bons et Mêla sujets, de maintenir et conserver en rostre royaume In religion catholique, apostolique et romaine en son entier sans y innover ou changer aucune chose, soit en la police el exercice d'kelle, ou aux personnes et biens ecclésiastiques. {Déclaration et serment du roi a son avènement a la couronne; Recueil des ntieieniieï loti franeaiict, I. XV, P- 3.1
Bourbon fut solennellement reconnu pour roi par les chefs de l'armée royale, et ce fut le -22 mars 1594, que, vainqueur de la Ligue el devenu lui-même catboiique, il entra militairement dans Paris. Il fallut plus de quatre années de tombais, une constance à toute épreuve et un..- admirable prudence, des victoires signalées et une transaction décisive (1), pour que le principe du droit héréditaire, allié aux intérêts de l'indépendance nationale, prévalût contre l'association du principe de l'orthodoxie avec les doctrines de la souveraineté du peuple. On sait quelles furent les vicissitudes de celte grande lutte, soutenue intrépidement de part el d'autre devanl l'opinion publique, et dont celte opinion était à la fois le juge et le prix. Au-dessus des événements variés qui en marquent le cours, il y a un fait qui domine, c'est le retour graduel de la bourgeoisie à l'esprit de tolérance de 1560, avec plus de réflexion, avec la maturité de jugement que donnent l'expérience et le malheur. A mesure que le prince réduit à éire conquérant de son propre royaume gagnait une de ces victoires glorieuses d'humanité autant que d'héroïsme, le zèle fanatique perdait du terrain, et, abandonnant les classes moyennes de la nation, se retirait dans les classes inférieures. C'est en elles que se prolongèrent le sombre enthousiasme el l'énergie des premiers jours de la lu lie, ce sont elles qui, par un régime de compression et de terreur, imposèrent à Paris la prodigieuse patience avec laquelle celle grande cité souffrit les fatigues et les misères d'un siège de quatre ans; elles enfin qui, livrées eu aveugles au protectorat du roi d'Espagne, donnèrent le monstrueux spectacle d'un parti démocratique qui n'était pas un parti national.
La Ligue avait eu la prétention de transporter la royauté et de la rendre, au moins une fois, élective; elle échoua dans ce dessein, et ne réussit qu'à empêcher le roi héréditaire de régner, tant qu'il ne fut pas catholique. Son dernier acte d'autorité fut une convocation d'étals généraux faite sans mandement
(1) Bataille d'Arqués, le 13 septembre 1 ii89; bataille d'Ivry, le U mats 1590; abjuration du roi à Saint-Denis, le 23 juillet 1 533.