‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 51 sur 156 · CHAPITRE VJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE VJ

royal. Indiquée et ajournée plusieurs fois depuis l'année 1590, celle assemblée révolutionnaire, qui se disait nationale et sur laquelle pesaient le patronage et l'ambition de l'Espagne, se réunit enfin à Paris le 28 janvier 1595 (1). Les députés qui y vinrent en petit nombre (2) ne tardèrent pas à se trouver en face de l'intérêt étranger se couvrant de l'intérêt de la foi catholique pour demander avec bauleur le sacrifice des lois fondamentales et de l'indépendance du pays. Ils eurent à entendre successivement trois propositions du roi d'Espagne : la première, de reconnaître pour reine par droit de naissance l'infante Isabelle sa fille, pelite-fillede Henri II (3); la seconde, qu'un prince du sang impérial, fiancé à l'infante (4), fut élu pour roi ; la troisième, que l'infante épousât un prince français, et que tous les deux fussent déclarés conjointement propriétaires de la couronne (5).

En dépit de leurs obligations envers l'Espagne et du besoin que l'union catholique avait de son assistance, les députés ligueurs se sentirent Français, et rougirent à de pareilles demandes. Ils repoussèrent les deux premières propositions, et éludèrent la troisième, en disant que l'heure n'était pas venue de procéder à l'élection d'un roi (6); ils ne firent rien, et ce

(1) Voy. les procès-verbaux des élats généraux de 1S93, publiés par M. Auguste Bernard, dans la Collection des doenmenu inidito lur l'Utioir* dt France.

(2] Ils étaient environ cent trente, lu plupart du tiers étal ; Paris seul avait douze représentant de cet ordre. — Voyez ci-après, Appendice II.

(3) Isa bel le- Claire-Eugénie, née du mariage de Pliilippe II avec Elisabeth de France.

(i) L'archiduc Ernest d'Autriche, frère de l'empereur Rodolphe 11 el neveu de Philippe 11.

(5) lu sotidum. Voy. les pro^ès-verhaux des étals généraux de 1593, p. 3i2, 252, 387, 353, et, dans le même recueil, Appendice I, le journal d'Odct Sorel, dépulé du tiers élal de Normandie.

(6) Sur la proposition qui a esté faicie ausdicls estais par monsieur le duc de Férié et autres ministres du roy catholique de créer et eslnblir présentement une royaulé, lesdicls estais estiment qu'il seroit non-seulement hors de propos, maïs encore périlleux, et pour la religion et pour Testât, défaire ceste eslectiau et déclaration en un temps où nous sommes si peu fortifiez et d'hommes et de moyens. (Délibération du 4 juillet, Protii-oerbaum dit étaU généraux de 1393, p. H53,)

iU ESSAI SDR L'HISTOIRE DO TIERS ÉTAT,

fut tout leur mérite. Mais le parlement, ou, pour mietix dire, les membres de cette cour qui, par zèle d'orthodoxie ou par crainte de la Ligue, étaient demeurés dans Paris (I), osèrent davantage. Faisant acte de souveraineté à la face des élats et contre eux, ils rendirent une sentence qui déclarait nul tout acte fait ou à faire pour V établissement de prince ou princesse étrangers, et protestèrent qu'ils mourraient tous plutôt que de rompre on de changer cet arrêt (2). Un mois après, en abjurant le calvinisme dans la basilique de Saint-Denis, Henri de Bourbon écarta l'obstacle qnc les mœurs nationales opposaient à ce qu'il Tût roi dé fait comme il l'était de droit, et bientôt les états de la Ligue, s'éteignant d'eux-mêmes, laissèrent libres toutes les voies légales à l'occupation du trône (3).

Henri IV, c'est l'Hôpital armé; sa victoire fut, après trentequatre ans d'hésitation publique, de tentatives prématurées et de violents retours en arrière, celle des principes de l'immortel chancelier de Charles IX. Le roi qui délivra les consciences de l'oppression religieuse et le pays de l'influence étrangère fut un de ces grands réparateurs venus après les grands désordres, pour relever les ruines amoncelées, et faire germer les semences de bien éparses parmi les décombres. Une fois qu'il eut conquis la paix ait dedans et au dehors, douze ans lui suffirent pour effacer ia trace des guerres civiles, renouveler la face du pays par une prospérité toujours croissante, et fonder sur de nouvelles bases la politique nationale. 11 avait une intelligence universelle, un esprit souple et pénétrant, des résolutions promptes et une fermeté inébranlable dans ce qu'il avait résolu. A la sagesse des hommes pratiques, à cet instinct qui va droit à l'utile et au possible, qui prend ou rejette sans

(1) Uue partie du parlement de Paris siégeait alors h Tours, par suite d'un êdit de translation donne par Henri 111, en février 1589.

(2) Délibération du parlement du 28 juin 1393. Procèi-verbaux , etc., appendice VIII, p. 710, 7*8.

(3) Il n'y cm pas de clôture officielle pour les états de 1393. Les députés quittèrent leur poste l'un après l'autre : les procés-veruouï des séances s'arrêtent, pour le clergé, nu 13 juillet; pour la noblesse, au 8 août, et pour le tiers état, au 23 décembre.

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