‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 53 sur 156 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

lin soudaine et violente d'une si noble vie et d'une si grande destinée, il est impossible de ne pas s'arrêter ému, de ne pas ressentir, à la distance de plus de deux siècles, quelque chose de l'angoisse des contemporains, qui virent tout à coup la France tomber, par la mort d'un seul homme, de l'ordre dans le chaos, de l'énergie politique dans l'affaissement, de la liberté d'action dans les entraves qu'apporte ans ËLals l'influence de l'étranger.

Le régne de Henri IV est une de ces époques décisives où finissent beaucoup de choses et où beaucoup de choses commencent. Placé sur la limite commune de deux grands siècles, il recueillit tous les fruits du travail social et des expériences de l'un , et jeta dans leur moule toutes les institutions que devait perfectionner l'autre {i}. La royauté , dégagée de ce que le moyen âge avait laissé de confus dans son caractère , apparut alors clairement sous sa forme moderne, celle d'une souveraineté administrative, absolue de droit et de fait jusqu'en 1789, et, depuis, subordonnée ou associée à la souveraineté nationale. Alors se réglèrent d'une manière logique les départements ministériels, et leurs attributions s'étendirent à tout ce que réclament les besoins d'une société vraiment civilisée. Alors enfin le progrès de la nation vers l'unité s'accéléra par une plus grande concentration du pouvoir, et le progrès vers l'égalité civile par l'abaissement dans la vie de cour des hautes existences nobiliaires, et par l'élévation simultanée des différentes classes du tiers état.

Trois causes concoururent à diminuer pour la haute bourgeoisie l'intervalle qui la séparait de la noblesse : l'exercice des emplois publics , et surtout des fonctions judiciaires, continué dans les mêmes familles, et devenu pour elles comme un patrimoine par le droit de résignation (2); l'industrie des grandes

(1) Voy. ta Monographie politique de Henri IV, pur M. de Curne, Élude* tur lea fondateur* de t'ioit'Ul natiouale en France, t. H, p. i et suiv.

(2) Le titulaire d'un office de judieature ou de finance pouvait le résigner a une personne de sa famille ou a loute autre personne capable de le remplir. Il fallait que la résignation eut lieu quarante jours au moins avant lu

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