‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 55 sur 156 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ses représentants aux états généraux (1). Cette innovation, qui date de l'assemblée de U84 , fit désormais un seul corps politique de toutes les classes du tiers état, et mit fin à la tutelle officieuse que les députés des bonnes villes avaient exercée jusque-là en faveur des gens du plat pays (2). Ceux-ci se trouvèrent en possession du droit de parler pour eux-mêmes, et c'est d'eux que venaient directement les remontrances qui les concernent dans les cahiers de U84, 1560, 1576 et 1588 (ô).

Pour revenir à la bourgeoisie, ce noyau du tiers étal, sa condition, si on l'observe depuis le uv siècle, présente la singularité de deux mouvements contraires, l'un de progrès, l'autre de décadence. Pendant que les emplois judiciaires et administratifs, le commerce, l'industrie, la science, les lettres, les beauxarts, les professions libérales et les professions lucratives l'élevaient en considération, et créaient pour elle , sous mille formes , des positions importantes, ce qui dans l'origine avait fait sa force et son lustre, la liberté municipale déclinait rapidement. La législation du iv siècle avait enlevé aux magistrats des villes l'autorité militaire , celle du xvi' leur enleva la juridiction civile, restreignit leur juridiction criminelle, et soumit à un contrôle de plus en plus rigoureux leur administration financière. Le privilège de communauté libre et quasi souveraine, qui avait protégé la renaissance et les premiers développements de l'ordre civil, fut traité de la même manière que les privilèges féodaux, et passa comme eux sous le niveau du pouvoir royal , dont chaque envahissement était alors un pas vers la civilisalion et vers l'unité nationale. Mais la noblesse perdait, et ses pertes étaient irréparables; la bourgeuisie perdait, et ses perles n'étaient qu'apparentes; si on lui fermait le chemin battu, de nouvelles et plus larges voies s'ouvraient aussitôt devant elle. L'élévation continue du tiers état est le fait dominant et

(I) Voy. VHùt. des états ginéraiix, par M. Tbibsuileuo, 1. 1, p. 282, et I. Il, p. H cl suiv.

{ï) Voy. plus hout, chap. u, p. 33, cl clinp. tu, p. S7.

(3] On trouvera ci-après. Appendice 111, un cahier de village dressé en 1576.

comme la loi de notre histoire. Celte loi providentielle s'esl exécutée plus d'une fois à l'insu de ceux qui en étaient les agents, à l'insu ou même avec les regrets de ceux qui devaient en recueillir le fruit. Les uns pensaient ne travailler que pour eux-mêmes, les autres, s'adachant au souvenir des garanties détruites ou éludées par le pouvoir, croyaient reculer pendant qu'ils avançaient toujours. Ainsi a marché le tiers état depuis son avènement jusqu'aux dernières années du xyjh; siècle; vint alors un jour où l'on put dire qu'il n'était rien dans l'ordre politique (1), et, le lendemain de ce jour, ses représentants aux états généraux, se déclarant investis de la souveraineté nationale, abolissaient le régime des ordres, et fondaient en France l'unité sociale, l'égalité civile et la liberté constitutionnelle.

(i) Voy. Ic cClèbrc pamphlet de Sieyès : Qu'at-a jue te tien état ?

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