LES ÉTATS GÉNÉRAUX DE
Scmirtin : Hérédité des offices. — Ella est un moyen de force pour le liera état. — Étala généraux de 16U. — Ombrages mutuels et dissension des ordres. — La noblesse et le clergé unis contre le tiers éliil. — Discours de Savarou el de de Mesraes, orateurs du tiers. — Discours du baron de Soneccy, orateur de la noblesse. — Proposition du tiers état sur l'indépendance de la couronne. — Demandes qu'il exprime dans son caliier. — Cailler de la noblesse. — Rivalité haineuse des deu* ordres. — Clôture des états.
Parmi les mesures fiscales qu'une impérieuse nécessité suggéra au gouvernement de Henri IV, il en est une qui eut pour le présent et dans la suite de graves conséquences; c'est le droit annuel mis sur tous les offices de judicature et de finance, et vulgairement nommé la pavletle (i). Au moyen de cet impôt, les magistrats des cours souveraines et les officiers royaux de tout grade obtinrent la jouissance de leurs charges en propriété héréditaire. Le premier résultat de cette innovation fut d'élever à des taux inconnus jusqu'alors la valeur vénale des offices ; le second fut d'attirer sur les fonctionnaires civils un nouveau
[1) Du nom du traitant Paulct, qui en prit la ferme; ce droit était d'un soixantième de la finance a laquelle on évaluait l'office. Voyez plus haut , chap.vi.p. 139, nota S.
tU ESSAI SUR L'HISTOIRE DU TIERS ÉTAT,
degré de considération, celui qui s'attache aux avantages de l'hérédité. Moins de dix ans après, on voyait des passions et des intérêts de classes soulevés et mis aux prises par les effets de ce simple expédient financier. Le haut prix des charges en écartait la noblesse, dont une partie élait pauvre, et dont l'autre était grevée de substitutions, et cela arrivait au moment même où, plus éclairés, les nobles comprenaient la fante que leurs aïeux avaient faite en s'éloignant des offices par aversion pour l'étude, et en les abandonnant au tiers état. De là, entre les deux ordres, de nouvelles causes d'ombrage et de rivalité, l'un s'irritant de voir l'autre grandir d'une façon imprévue dans des positions qu'il regrettait d'avoir autrefois dédaignées ; celui-ci commençant à puiser, dans le droit héréditaire qui élevait des familles de robe à côté des familles d'épée, l'esprit d'indépendance et de fierté, la haute opinion de soi-même, qui étaient auparavant le propre des gentilshommes.
Quelque remarquable qu'eut été dans le cours du xvi* siècle le progrès des classes bourgeoises, il avait pu s'opérer sans querelle d'amour-propre ou d'intérêt entre la noblesse et la roture; la grande lutte religieuse dominait et atténuait toutes les rivalités sociales. Aucun procédé malveillant des deux ordres l'un envers l'autre ne parut aux états généraux de 1576 et de 1588. Maïs après l'apaisement des passions soulevées par la dualité de croyance et de culte, d'autres passions assoupies au fond des cœurs se réveillèrent; et ainsi, par la force des choses, le premier quart du xvu e siècle se trouva marqué pour recueillir et mettre au jour, avec les griefs récents, toute l'antipathie amassée de longue main entre le second ordre et le troisième. Cette collision éclata en 1614, au sein des états convoqués, à la majorité de Louis XIII, pour chercher un remède à ce qu'avaient produit de dilapidations et d'anarchie les quatre ans de régence écoulés depuis le dernier règne (1).
(I) Voy. le Rapport de mon frère Àinéilce Thierry surit concours du prix d'histoire, décerné en 1HM par l'Académie des sciences morales et poliiiqaes, Mm. de i\W., t. V, p. 826.