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CHAPITRE VII. UU Ce fut le U octobre que l'assemblée se réunit en trois chambres distinctes au couvent des Auguslins de Paris; elle comptait quatre cent soixante-quatre députés, dont cent quarante du clergé, cent trente-deux de ia noblesse, et cent quatre-vingtdouze du tiers état. Parmi ces derniers, les membres du corps judiciaire et les autres officiers royaux dominaient par le nombre et par l'influence (1). Dès la séance d'ouverture, on put voir entre les deux ordres laïques des signes de jalousie et d'hostilité; le tiers état s'émul pour la première fois des différences du cérémonial à son égard (2); l'orateur de la noblesse s'écria dans sa harangue : « Elle reprendra sa première ■ splendeur celte noblesse tant abaissée mainlenant par n quelques-uns de l'ordre inférieur sous prétexte de quelques a charges; ils verront tantôt la diflérence qu'il y a d'eux à a nous {3}. n La même affectation de morgue d'une pari, la même susceptibilité de l'autre, accompagnèrent presque toutes les communications de la chambre noble avec la chambre bourgeoise.
Quand il s'agit d'établir un ordre pour les travaux, le clergé et la noblesse s'accordèrent ensemble, mais le tiers état, par défiance de ce qui venait d'eux, s'isola et fit tomber leur plan, quoique bon. Peu après, la noblesse lenla une agression contre la haute bourgeoisie; elle résolut de demander au roi la surséance, et par suile la suppression du droit annuel dont le bail allait finir, el elle obtint pour celte requête l'assentiment du clergé. La proposition des deux ordres fut adressée au tiers état, qu'elle mit dans l'alternative, ou de se joindre à eux el de livrer ainsi les premiers de ses membres à la jalousie de leurs rivaux, ou, s'il refusait son adhésion, d'encourir le blâme de
(t) Voyez la liste donnée ci-uprès, Appendice [I.
(3) » Je remarquai que mondit sieur le chancelier, parlant en sa harangue ù messieurs du clergé et de la noblesse, mettait la main à son bonnet carré, el se dceouvroil , ce qu'il ne fit point lorsqu'il parlait au tiers élut. • [Itelalion des étali généraux de 1611, par Florimond Rapine, depuis du tiers état de Hivernais, Des états généraux , ele , 1. XVI, p. 102.)
(3) Mercure français, 3^ continuation, 1. 111, année I6H, p. 32.
m ESSAI SUR L'HÏSTOITtE DU TIERS ÉTAT.
défendre par égoisme un privilège qui blessait ta raison publique, et ajoutait un nouvel abus à la vénalité des charges.
Le tiers état fil preuve d'abnégation. 11 adhéra, contre son intérêt, à la demande de suspension de la taxe moyennant laquelle les offices étaient héréditaires; et pour que cette demande eût toute sa portée logique, il la compléta par celle de l'abolition de la vénalité (1). Mais exigeant des deux autres ordres sacrifice pour sacrifice, il les requit de solliciter conjointement avec lui la surséance des pensions, dont le chiffre avait doublé en moins de quatre ans (2), et la réduction des tailles devenues accablantes pour le peuple. Sa réponse présentait comme connexes les trois propositions suivantes: supplier le roi , 1° de remeilre pour Tannée courante un quart de la taille, 2° de suspendre la perception du droit annuel, et d'ordonner que les offices ne soient plus vénaux, 3° de surseoir an payement de toutes les pensions accordées sur le trésor ou sur le domaine. La noblesse, pour qui les pensions de cour étaient un supplément de patrimoine, fut ainsi frappée par représailles; mais, loin de se montrer généreuse comme ses adversaires, elle demanda que les propositions fussent disjointes, qu'on s'occupât uniquement du droit annuel, et qu'on remit à la discussion des cahiers l'affaire des pensions et celle des tailles. Le clergé fit la même demande, entourée de ménagements et de paroles captieuses qui n'eurent pas plus de succès
(1) « En quelle eslinienous auront nos provinces, quand elles oîroiil que d'un courage viril nous aurons méprise noire propre intérêt, demandant que les charges qne nous possédons hcrédltairem cm soicnl vouées au public, aux plus capables et estimés , et non retendes par ceux qui oui le plus de biens, de richesses el de crédit Alors nous contraindrons les médisons ù prendre aulre confiance de nous, qu'ils n'ont pas, eux qui nous ont estimés être du toui contraires a la révocation de l'inique parti de In |iaulellc. D'autant que la plupart de cette compagnie possède les charges plus relevées et honorables du royaume, d'aulant plus nous devons nous porter, par la liberté el sincérité des étals et l'obligation de nos consciences, a l'abolition de ce droit qui fomcnlc l'ignorance , ferme la porle a la vertu et a la doctrine. » (Discours du lieutenant général de Saintes, Ketationdeièlals de ièil [■ ■■- FlorimonoVftapine, p. 167.)
(2J Depuis la mort de Henri IV.