CHAPITRE VII
auprès du tiers étal que la franchise égoïste des gentilshommes (1). Ayant délibéré de nouveau, la chambre du tiers décida qu'elle ne séparerail point ses propositions l'une de l'autre, el elle fit porter ce refus par l'un de ses membres les plus considérables. Jean Savaron, lieutenant général de la sénéchaussée d'Auvergne.
Cet homme d'un grand savoir et d'un caractère énergique parla deux fois devant le clergé, et termina ainsi son second discours : < Quand vous vous buttez à l'extinction du droit « annuel, ne donnez-vous pas à connoîire que votre intention « n'est autre que d'attaquer les officiers qui possèdent les « charges dans le royaume, puisque vous supprimez ce que « vous devriez demander avec plus d'instance, à savoir l'abo- « litioD des pensions qui tirent bien d'autres conséquences que ■ le droit annuel? Vous voulez ôter des coffres du roi seize , a cent mille livres qui lui reviennent par chacun an de la pau- « lctte, et voulez surcharger de cinq millions l'état que le roi « paye tous les ans pour acheter à deniers comptants la lidék lité de ses sujets. Quel bien, quelle utilité peut produire au a royaume l'abolition de la pauletle, si vous supportez la véna- « lité des offices qui cause seule le dérèglement en la justice?... « C'est, messieurs, celte maudite racine qu'il faut arracher, i c'est ce monstre qu'il faut combattre que la vénalité des nilia ces qui éloigne et recule des charges les personnes de mérite a et de savoir, procurant l'avancement de ceux qui, sans vertu a bien souvent, se produisent sur le théâtre et le tribunal de • la justice par la profusion d'un prix déréglé qui fait perdre « l'espérance même d'y pouvoir atteindre à ceux que Pieu a a institués en une bouiiéle médiocrité. Par ainsi, messieurs,
(1) Quelque belles paroles qu'il pilt prononcer (l'archevêque d'Aix), al ne put-il jamais faire départir notre compagnie de sa résolution de demander conjointement le.'diles propositions , parce qu'on voyoit clairement qu'il y avoit de l'arlilice, et que le clergé el la noblesse s'eiit™,ioienlà la ruine des officiers el il la continuation de lu charge el oppression du pauvre peuple, et ne vouloienl point qu'on demandai le retranchement de leurs pensions , tant ils faisoient marcher leurs intérêts avant tout. (Rtlatïon dt F/or. Rapiju, p. J82.)
« nous vous supplions humblement de ne nous refuser en si v saintes demandes l'union de votre ordre; c'est pour le peuk pie que nous travaillons, c'est pour te bien du roi que nous « nous portons, c'est contre nos propres intérêts que nous a comballons(l). »
Devant la noblesse, Savaron s'exprima d'un ton haut et fier, et, sous ses arguments, il y eut de l'ironie cl des menaces. Il dit que ce n'était point le droit annuel qui fermait aux gentilshommes l'accès des charges, mais leur peu d'aptitude pour elles, et la vénalité des offices; que ce qu'ils devaient demander plutôt que l'abolition de ce droit, c'était celle de la vénalité; que, du reste, la surséance de la p;iulette, la réduction des tailles et la suppression des pensions ne pouvaient être disjointes; que l'abus des pensions était devenu tel que le roi ne trouvait plus de serviteurs qu'en faisant des pensionnaires, ce qui allait à ruiner le trésor, à fouler cl opprimer le peuple (2); et il ajouta en finissant : a Rentrez, messieurs, dans le mérite de « vos prédécesseurs, et les portes vous seront ouvertes aux « honneurs et aux charges. L'histoire nous apprend que les u Romains mirent tant d'impositions sur les Français (3), que a ces derniers enfin secouèrent le joug de leur obéissance, et « par là jetèrent les premiers fondements de la monarchie. Le * peuple est si chargé de tailles, qu'il est à craindre qu'il n'en u arrive pareille chose; Dieu veuille que je sois mauvais pro- « phète (4) ! »
La noblesse ne répondit que par des murmures et des invectives à l'orateur du tiers état ; le clergé avait loué son message en lui refusant tout concours; resté seul pour soutenir ses propositions, le tiers résolut de les présenter au roi. U en fit le premier article d'un mémoire qui contenait sur d'autres points
(1) Jlelation de Flor. Rapine, p. 192.
(2) IW., p. 179.
(5) C'esl-à-dire tes Franks. Le soin de distinguer ces deux noms est une [irécitiilion de lu science moderne.
(i) Procès-verbal et cahier delà noblciit is états dt Van 1C13, Ms. de lu Bibliollièque impériale, fonds de Brïeune, w 283, fol. 53 v.