CHAPITRE VII
des demandes de réforme, et il envoya au Louvre, avec une dépulation de douze membres, Savaron chargé encore une fois de porter la parole. L'homme qui avait donné aux ordres privilégiés des leçons de justice et de prudence fut, devant la royauté, l'avocat ému et courageux du pauvre peuple : « Que « diriez-vous. Sire, si vous aviez vu dans vos pays de Guyenne « et d'Auvergne les hommes paître l'herbe à la manière des " bêles? Cette nouveauté et misère inouïe en votre État ne prou duiroit-ellepas dans votre âme royale un désir dignede Voire « Majeslé, pour subvenir à une calamité si grande? Et cepen- « danl, cela est tellement véritable, que je confisque à Votre « Majesté mon bien et mes offices si je suis convaiucu de înen- « songe (1). »
C'est de l;ï que partit Savaron pour demander, avec la réduction des tailles, le retranchement de tous les abus dénoncés dans le mémoire du tiers état, et pour traiter de nouveau, avec une franchise mordante, les points d'où provenait le désaccord entre le tiers et les deux autres ordres : a Vos officiers, a Sire, secondant l'intention du clergé et de la noblesse, se « Bont portés à requérir de Votre Majesté la surséance du droit u annuel qui a causé un pris si excessif ès offices de votre « royaume, qu'il est malaisé qu'autres y soient jamais reçus « que ceux qui auront plus de biens et de richesses, et bien « souvent moins de mérite, suffisance et capacité : considérait lion à vrai dire très-plausible, mais qui semble être excogilée « pour donner une atteinte particulière à vos officiers, et non « à dessein de procurer le bien de votre royaume. Car, à quel « sujet demander l'abolition de la paulelte, si Votre Majesté « ne supprime de tout point la vénalité des offices?... Ce n'est « pas le droit annuel qui a donné sujet à la noblesse de sir pri- « ver et retrancher des honneurs de judicature, mais l'opinion « en laquelle elle a été depuis longues années que la science t et l'étude affoiblissoit le courage, et rendoit la générosité « lâche et poltronne... On vous demande, Sire, que vous abo-
(1) litlaliandtFlor. Rapine, p. 1H8.
« lissiez la paulelte, que vous retranchiez de vos coffres seize a cent mille livres que vos officiers vous payent tous les ans, « et l'on ne parle point que vous supprimiez l'excès des pen- <t sions, qui sont tellement effrénées, qu'il y a de grands et ■ puissants royaumes qui n'ont pas tant de revenu que celui « que vous donnez à vos sujets pour acheter leur fidélité... « Quelle pilié qu'il faille que Votre Majesté fournisse, par x chacun an, cinq millions six cent soixante mille livres à quoi « se monte l'état des pensions qui sortent de vos coures ! Si a cette somme étoit employée au soulagement de vos peuples, « n'auroient-ils pas de quoi bénir vos royales vertus? Et, ce- « pendant, l'on ne parle rien moins que de cela, l'on en remet « la modération aux cahiers, et veut- on à présent que Votre « Majesté surseoye les quittances de la paulelte. Le tiers état « accorde l'un, et demande très-instamment l'autre (i). »
Cette harangue fut un nouveau sujet d'irritation pour la noblesse, qui en éprouva un tel dépit, qu'elle résolut de se plaindre au roi. Elle pria le clergé de se joindre à elle; mais celui-ci, se portant médiateur, envoya l'un de ses membres vers l'assemblée du tiers état lui exposer les griefs de la noblesse, et l'inviter, pour le bien de la paix, à faire quelque satisfaction. Quand le député eut parlé, Savaron se leva et dit fièrement : Que ni de fait, ni de volonté, ni de paroles, il n'avait offensé messieurs de la noblesse; que, du reste, avant de servir le roi eomme officier de justice, il avait porté les armes, de sorte qu'il avait moyen de répondre à tout le inonde en l'une et en l'autre profession (i). Afin d'éviter une rupturequieûl rendu impossible tout le travail des états, le tiers, acceptant la médiation qui lui était offerte, consentit à faire porter à la noblesse des paroles d'accommodement ; et, pour que toute cause d'aigreur ou de défiance fût écartée, il choisit un nouvel orateur, le lieutenant civil de Mesmes. De Mesmes eut pour mission de déclarer que ni le tiers état en général, ni aucun de ses meni-
(!) Relation deFIOT. Bapine, p. 199 elsuir.
(9) Ibid., p. 207.