‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 65 sur 156 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

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absence pour obtenir, à force de sollicitations, toutes sortes d'avantages. Par ce double motif, les députés du tiers état résolurent de ne demander aucun congé séparément, et d'attendre, pour se retirer, que le conseil eût décidé sur les points essentiels (i). Ils restèrent donc, et se réunirent plusieurs fois en différents lieux, soutenant avec une certaine vigueur, contre le premier ministre, leur qualité de députés. Enfin, le 24 mars, les présidents des trois ordres furent mandés au Louvre. On leur dit que la multitude des articles contenus dans les cahiers ne permettait pas au roi d'y répondre aussi vile qu'il l'eût désiré, mais que, pour donner aux étals une marque de sa bonne volonté, il accueillait d'avance leurs principales demandes, et leur faisait savoir qu'il avait résolu d'abolir la vénalité des charges, de réduire les pensions, et d'établir une chambre de justice contre les malversations des financiers; qu'on pourvoirait à tout le reste le plus tôt possible, et que les députés pouvaient partir.

Ces trois points des cahiers étaient choisis avec adresse comme louchant à la fois aux passions des trois ordres. La noblesse voyait dans l'abolition de l'hérédité et de la vénalité des offices un grand intérêt pour elle-même; le tiers état voyait un grand intérêt pour le peuple dans le retranchement des pensions, et l'assemblée avait été unanime pour maudire les financiers et réclamer rétablissement d'une juridiction spéciale contre leurs gains illicites (2). On pouvait même dire que la suppression de la paulette et de la vénalité était une demande commune des étals, bien que chaque ordre eût fait cette demande par des motifs différents; la noblesse, pour son propre avantage (3), le clergé, par sympathie pour la noblesse, et le

(1) Relation de Fier. Rapine, III. partie, p. 129.

(2) Voy. VHiitaire de France de M. Henri Martin, t. XII, p. 231 el suiv.

(3) Elle-même a soinde lit rappeler dans les articles de son cahier: » L'ex-

■ pÉrienco fuit connaître combien est pernicieux l'établissement du droit • annuel appelé pa/ilelle, qui rend tant les charges de judïcalui'c que [ouïes - autres héréditaires,... el oie à Votre Majesté le moyen de pouvoir choisir

■ les officiers, cl l'espérance aux gentilshommes d'y parvenir jamais.. . Por- » tant, Votre Majesté est Irès-humblHiKni suppliée de retrancher entière-

tiers élat, en vue dn bien public contre son intérêt particulier. Et quant à l'article des pensions qui avait Tait éclater la division entre le tiers et les deux autres ordres, les trois cahiers en étaient venus à cet égard à un accord, plus franc, il est vrai, Un cÛLé du clergé que du côte" de la noblesse (1). Ainsi, par une circonstance bizarre, sous des voles conformes, il y avait des passions contraires, et les promesses du rot satisfaisaient du méroe coup desdésirs généreux et des intentions égoïstes. Ces promesses, la seule bonne nouvelle que les membres des états eussent à emporter dans leurs provinces, ne furent jamais tenues, et la réponse aux cahiers par une ordonnance royale n'arriva qu'après quinze ans.

Telle fut la tin des étais généraux convoqués en 161 i et dissous en 1615. Ils font époque dans notre histoire nationale, comme fermant la série des grandes assemblées tenues sous la monarchie ancienne; ils font époque dans l'histoire du tiers étal dont ils signalèrent, au commencement du xvir siècle, l'importance croissante, les passions, les lumières, la puissance morale et l'impuissance politique. Leur réunion n'aboulit qu'à un antagonisme stérile ; et, avec eux, cessa d'agir el de vivre ce vieux système représentatif qui s'élail mêlé à la monarchie, sans règles ni conditions précises, et où la bourgeoisie avait pris place, non par droit, non par conquête , mais à l'appel du pouvoir royal. Entrée aux élals du royaume sans lulte, sans celle fougue de désir et de travail qui l'avait conduite à l'affranchissement des communes, elle y était venue, en géné-

- ment lu vénalité de toutes sortes d'offices... C'est le seul moyen de rendre a votre Ëlatptu3 illustre et plus Ou riasatil, Votre Majesté bien servie, et vos h peuples consolés par le choix qu'elle fera de personnes cupables. Hé ee n bien en réussira un particulièrement ù l'avantage de vulrc noblesse, dési- ■ relise cle vous rciuln' milan! uf i; irniuiiçtmgi-s île su liiliHité dung l'exercice a lie I» justice, qu'elle Tait dans vos armées aux occasions qui s'en prée sentent. Elle vous en supplie irès-lwniblenieiu, Sire. » (Cahier de la noblesse île I6IS, Ms. de lu Bibliothèque impériale, fonds de Brienne, n» 283, fol. 238 el 239.)

(I) Voy. le cahier du tiers état, art. 49t et 492 ( celui du clergé, art. 158 ; et celui île la noblesse, roi. 214 v°. Us. de la Bibliotii. impériale, fonds de Brienne, n°- 282, 283 el 284.

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