CHAPITRE VIII
LE PARI.EMK.Yr SOUS LOUIS XIII, LE H1NISTÈRB DE IIICBELIEU , LA FRONDE,
SoxmiiiE ; Importance nouvelle du parlement. — Sa popularité, son intervention dans les affaires d'État. — Remontrances du 22 mai IGIj. soulèvement du tu haute noblesse. — Ministère du cardinnl de Richelieu, sa politique intérieure. — Assemblée des nolaliles de 1026. — Démolition des cliiUcau* forts. — Ordonnance de janvier IG29. — Politique extérieure de Richelieu. — Impopularité, du grand ministre. — Réaction du tiers élut contre la dictature ministérielle. — Coalition de la haute magistrature, la i'roml'j. - Acte politique délibère parles quatre cours souveraines.— Journée des barricades. — Pouvoir dictatorial du parlement. — Il fait su paix avec la cour. — I.a Fronde îles princes, son caractère.— Triomphe du principe de la monarchie sans limites. — Développements de l'esprit français. — Progrès des lumières et de la politesse. — Influence de la bourgeoisie lettrée.
Ici commence une nouvelle phase de l'histoire du tiers état; le vide que laisse dans celte histoire la disparition des étals généraux se trouve rempli par les tentatives d'intervention directe du parlement de Paris dans les affaires du royaume. Ce corps judiciaire, appelé dans certains cas par la royauté à jouer un rôle politique, se prévalut, dès le xm* siècle, de cet usage pour soutenir qu'il représentait les états, qu'il avait, en leur absence, le même pouvoir qu'eux (1); et, quand l'issue de leur
(I) Le parlement disait de lui-même qu'il était lu états généraux au petit pied.
lis
dernière assemblée eut trompé toutes les espérances de réforme, l'attente publique se tourna vers lui pour ne plus s'en détacher qu'au jour où devait finir l'ancien régime. Recruté depuis plus de trois siècles dans l'élite des classes roturières, placé au premier rang des dignitaires du royaume, donnant l'exemple de l'intégrité el de toutes les vertus civiques, honoré pour son patriotisme, son lustre, ses richesses, son orgueil même, le parlement avait tout ce qu'il fallait pour attirer les sympathies et la confiance du tiers état. Sans examiner si ses prétentions au rôle d'arbitre de la législation et de modérateur du pouvoir royal étaient fondées sur de véritables titres (1), on l'aimait pour son esprit de résistance à l'ambition des favoris ci des ministres, pour son hostilité perpétuelle contre la noblesse, pour son zèle à maintenir les traditions nationales, à garantir l'État de toute influence étrangère, et à conserver intactes les libertés de l'Église gallicane. On lui donnait les noms de corps auguste, de sénat auguste, de tuteur des rois, de père de l'État, et l'on regardait ses droits et son pouvoir comme aussi sacrés, aussi incontestables que les droits mêmes et le pouvoir de la couronne.
Ce qu'il y avait d'aristocratique dans l'existence faîte aux cours de judicature par l'hérédité des charges, loin de diminuer leur crédit auprès des classes moyenne et inférieure de la nation, ne La il aux yeux de celles-ci qu'une force de plus pour la défense des droits eldes intérêts de tous. Celte puissance effective et permanente, transmise du père au fils, conservée in-
(1) Dans ses remontrances à Louis XIII (1615), le parlement se vante de tenir la place du conseit des primes et barons, qui de toute ancienneté étaient prit de la personne des rois, voire avec l'état, et il ajoute : « Pour « marque de ce, les princes et jairs île Frimce y ont toujours eu séance el a voix délibérolive, et aussi y onléié vérifiés les lois, ordonnances et édita, <■ créations d'offices, traites de paix et autres plus impiorlnnlcs affaires dn « royaume cl dont lettres uutenlcs lui sont envoyées pour, eu toute liberté, « les mettre en délibération, en examiner le mérite, y apporter modification « raisonnable, voire même quu ce qui est accordé par nos étals généraux • doit élre vérifié en votre cour, où est le lieu de votre trône royal et le ■ lil de votre justice souveraine. • {Du étais généraux, etc., L XVII, 11* partie, p. lia.)