‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 69 sur 156 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

royaume par les intrigues des ambitieux unies a celles de l'étranger : voilà le spectacle qu'offrit, au milieu de ses variations, le gouvernement de Louis XIII, jusqu'au jour où un homme d'Étal marque dans les destinées de la France pour reprendre et achever l'œuvre politique de Henri le Grand, après s'être glissé au pouvoir à l'ombre d'un patronage, s'empara de la direction des affaires de haute lutte, par le droit du génie (i).

Le cardinal de Richelieu fut moins un ministre, dans le sens exact de ce mot, qu'un fondé de pouvoir universel de la royauté. Sa prépondérance au conseil suspendit l'exercice de la puissance héréditaire, sans que la monarchie cessât d'exister, et il semble que cela ait eu lieu pour que le progrès social, arrêté violemment depuis le dernier règue, reprit sa marche par l'impulsion d'une sorte 5 de dictateur dont l'esprit fût libre des influences qu'exerce sur les personnes royales l'intérêt de famille et de dynastie. Par un étrange concours de circonstances, il se trouva que le prince faible, dont la deslinée devait être de prêter son nom au règne du grand ministre, avait dans son caractère, ses instincts, ses qualités bonnes ou mauvaises, tout ce qui peut répondre aux conditions d'un pareil rote. Louis XIII, âme sans ressort mais non sans intelligence, ne pouvait se passer d'un maître ; après en avoir accepté et quitté plusieurs, il prit et garda celui qu'il reconnut capable de mener la France au but que lui-même entrevoyait, et où il aspirait vaguement dans ses rêveries mélancoliques. On dirait qu'obsédé par la pensée des grandes choses qu'avait faites et voulues son père, il se sentit sous le poids d'immenses devoirs qu'il ne pouvait remplir que par le sacrifice de sa liberté d'homme et de roi. Souffrant parfois de ce joug, il était tenté de s'en affranchir, et aussitôt il venait le reprendre, vaincu par la conscience qu'il avait du bien public et par son admiration pour le génie dont 'es plans magnifiques promettaient l'ordre et la prospérité au dedans, la force et la gloire au dehors (2).

(t) test.

(2) Voy. le Ttltamenl politique du ordinal de Richelieu.

Dans ses tentatives «l'innovation, Richelieu, simple ministre, dépassa de beaucoup en hardiesse le grand roi qui l'avait précédé. Il entreprit d'accélérer si fort le mouvement vers l'unité et l'égalité civiles, et de le porter si loin que, désormais, il fût impossible de rétrograder. Après le rè«ne de Philippe le Bel, la royauté avail reculé dans sa lâche révolutionnaire et fléchi sous une réaction de l'aristocratie féodale; apri-s Charles V, il s'était fait de même un retour en arrière; l'œuvre de Louis XI avait été près de s'abîmer dans les troubles du xvi r siècle, et celle de Henri IV se trouvait compromise par quiuze ans de désordre et de faiblesse. Pour qu'elle ne périt pas, il fallait trois choses : que la haute noblesse fût définitivement contrainte à l'obéissance au roi et à la loi ; que le protestantisme cessât d'être un parli armé dans l'État; que la France pût choisir ses alliés librement dans son intérêt et dans celui &e l'indépendance européenne. C'est à ce triple objet que le ministre-roi employa sa puissance d'esprit, son infatigable activité, îles passions ardentes et une force d'âme héroïque (1). Sa vie de tous les jours fut une lutte acharnée contre les grands, la famille royale, les cours souveraines, tout ce qu'il ; avait de hautes existences et de corps constitués dans le pays. Pour tout réduire au même niveau de soumission et d'ordre, il éleva la royauté au-dessus des liens de famille et du lien des précédents ; il l'isola dans sa sphère comme une pure idée, l'idée vivante du salut public et de l'intérêt national (2).

(1) Lorsque Voire Majesté se résolut de me donner en mémo temps et l'entrée de ses conseils et grande part en sa confiance pour la direction de ses affaires, je puis dire avec vérité que les huguenots parlogeoienl l'Étal avec elle; que les grands m coud aboient comme s'ils n'eussent pas été 6cs sujets, et les plus puissants {fonvernciirs des provinces comme s'ils eussent été souverains en leurs charges... Je puis encorr dire que les alliances étrangères étoienl méprisées j les intérêts particuliers préfère* au* publics: en un mut, la digniié de la majesté royale éloit tellement ravsllée et si différente de ee qu'elle devoit être, par le défaut de ceux qui avaient lors la principale camluile de nos affaires, qu'il éloit presque impossible de la reeonnollre. (Testament politique de Hïchelieu, \rt partie, p. 5, Amsterdam, 1788.)

(2) Les intérêts publics doivent Cire l'unique fin du prince et de ses cou-

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