‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 7 sur 156 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

grossiers de vie urbaine. Le régime purement domanial s'altéra par le mélange de certaines choses ayant le caractère d'institutions publiques; pour le soin de la police et le jugement des délits de peu d'importance, les villageois servirent d'aides et d'assesseurs à l'intendant, et cet officier, pris parmi eux et de même condition qu'eus, devint une sorte de magistrat municipal. Ainsi, du droit de propriété joint à l'esprit d'association, sortirent pour ces petites sociétés naissantes les premiers éléments de l'existence civile; l'instinct du bien-être qui ne se repose jamais les conduisit bientôt plus avant. Dès le commencement du xi e siècle, les habitants des bourgs et des bourgades, les villains, comme on disait alors, ne se contentaient plus de l'état de propriétaires non libres, ils aspiraient à autre chose; un besoin nouveau, celui de se décharger d'obligations onéreuses, d'affranchir la terre, et avec celle-ci les personnes, ouvrit devant eux une nouvelle carrière de travaux et de combats.

Parmi les notions qui à celle époque formaient ce qu'on peut nommer le fonds des idées sociales, il y avait, en regard de la liberté noble, toute de privilège, dérivée de la conquête et des mœurs germaniques, l'idée d'une autre liberté, conforme au droit naturel, accessible à tous, égale pour tous, à laquelle on aurait pu donner, d'après son origine, le nom de liberté romaine. Si ce nom était hors d'usage (1), la chose elle-même, c'est-à-dire l'état civil des personnes habiiant les anciennes villes municipales, n'avait point encore péri. Tout menacé qu'il était par la pression toujours croissante des institutions féodales, on le retrouvait dans ces villes, plus ou moins intact, et, avec lui, comme signe de sa persistance, le vieux titre de ciloyen. C'est de là que venait, pour les villes de fondation récente, l'exemple de la communauté urbaine, de ses règles et de ses pratiques, et c'est là que s'adressait, pour trouver des en-

(1) On ne l'employait, nu jl' siècle, que dans la langue du droit ecclésinstii[iie où les mois LiUrlas roninm signifiaient l'immunité nu moyen de laquelle une abliaye, avec ses domaines, était soustraite il la juridiction ordinaire, cl relevai! seulement de l'église du Rome.

couragemems cl une espérance, l'ambition des hommes qui , sortis de la servitude, se voyaient parvenus à mi-chemin vers la liberté.

Quels étaient, au x" siècle, dans les cités gallo-frankes, la puissance et le caractère du régime municipal? La solution de ce problème est l'un des fondements de noire histoire; mais l'on ne peut encore la donner précise et complète. Un point se trouve mis hors de doute , c'est qu'alors la population urbaine joignait à sa liberté civile immémoriale une administration intérieure, qui, depuis les temps romains et par différentes causes, avait subi de grands changements. Ces modifications très-diverses et, pour ainsi dire, capricieuses quant à la forme, avaient, pour le fond, produit partout des résultats analogues. Le régime héréditaire et -iris locra tique de la curie s'était, par line suite d'altérations progressives, transformé en gouvernement électif, et, à différents degrés, populaire. La juridiction des officiers municipaux outre-passait de beaucoup ses anciennes limites; elle avait pris des accroissements considérables en matière civile et criminelle. Entre le collège des magistrats et le corps entier des citoyens, on ne voyait plus, existant de droit, une corporation intermédiaire; tous les pouvoirs administratifs procédaient uniquement de la délégation publique, et leur durée se trouvait, en général, réduite au terme d'un an. Enfin, par suite de la haute influence que dès l'époque romaine les dignitaires de l'Église possédaient sur les affaires intérieures des villes, le Défenseur, magistral suprême, était tombé sous la dépendance de l'évêque; il était devenu à son égard un subalterne, ou availdisparu devant lui; révolution opérée sans aucun trouble, par la seule popularité de l'épiscopal, et dont la pente naturelle tendait à constituer, au détriment de la liberté civile et politique, une sorte d'autocratie municipale (i).

(I) La qualification de seigneur. Dominai, Domntts, fut donnée aux évéqlics dans leurs villes bien avant les temps féodaux. Un acte passé en 904 ilcvanl la curie d'Angers présente comme synonymes les litres de Dcfemor et de Virc-domus ,- on lit «l'abord : Adsttmto vir laudubih Wifredo deftnjore, vel euncla, curia... et a 1» fin Sigmim Wifredo vicc-domo. Voyez Martine, Aapiistima eollcctio, p. iS8ei S9.

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