‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 8 sur 156 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Une certaine confusion s'introduisant peu à peu dans les idées sur la source r de l'autorité et de la juridiction urbaines, on cessa de voir nettement de qui elles émanaient, si c'était du peuple ou de i'évèquc. Une lutte sourde commença dès lors entre les deux principes de la municipalité libre et de la prépondérance épiscopale; puis la féodalité vint, et agit de toute sa force au profit de ce dernier principe. Elle donna une nouvelle forme au pouvoir temporel des évêques; elle appliqua au patronage civique, dégénéré en quasi-souverainelc, les institutions et tous les privilèges de la seigneurie domaniale. Le gouvernement des municipes , en dépit de son origine , se modela graduellement sur le régime des cours et des châteaux. Les citoyens notables devenaient vassaux héréditaires de l'église cathédrale, et, à ce litre, ils opprimaient la municipalité ou en absorbaient tous les pouvoirs. Les corporations d'arts et métiers, chargées par abus de prestations et de corvées, tombaient dans une dépendance presque servile. Ainsi, la condition faite aux hommes de travail sur les domaines des riches cl dans les nouveaux bourgs qu'une concession expresse n'avait pas affranchis, tendait, par le cours même des choses, à devenir universelle, à s'imposer aux habitants, libres jusque-lâ, des anciennes villes municipales.

Il y eut des cités où la seigneurie de l'évêque s'établit sans partage et resta dominante; il y en eut où le pouvoir féodal fut double, et se divisa entre la puissance ecclésiastique et celle de l'officier royal, comte ou vicomte. Dans les villes qui furent le théâtre plus ou moins orageux de cette rivalité, l'évêque, sentant le besoin d'une alliance politique, se détacha moins de la municipalité libre ou se replia sur elle. Il lui prêta son appui contre les envahissements du pouvoir laïque; il se fit conservateur dn principe électif, et ce concours, s'il n'arrêta pas la décadence municipale, devint plus lard un moyen de réaction civile et de rénovation constitutionnelle. Le x° siècle et le siècle suivant marquent, pour la population urbaine, le dernier terme d'abaissement et d'oppression; elle était, sinon la classe la plus malheureuse, du moins celle qui devait souffrir le plus

impatiemment le nouvel état social, car elle n'avait jamais été ni esclave ni serve, elle avait des libertés héréditaires et l'orgueil que donnent les souvenirs. La ruine de ces institutions, qui nulle part ne Tut complète, n'eut point lieu sans résistance; ei quand on remue à fond les documents de notre histoire, on y rencontre, antérieurement au tu' siècle, la trace d'une lutte bourgeoise contre les pouvoirs féodaux. C'est durant celte ère du troubles et de retour à une sorte de barbarie, que s'opéra la fusion, dans un même ordre et dans un même esprit, de la portion indigène et de la portion germanique des habitants des villes gauloises, et que se forma entre eux un droit commun, des coutumes municipales, composées à différents degrés, suivant les zones du territoire, d'éléments de tradition romaine et de débris des anciens codes barbares.

Cette crise dans l'état de la société urbaine reste vivant du monde romain n'était pas bornée à la Gaule; elle avait lieu en Italie avec des chances bien meilleures pour les villes de ce pays, plus grandes, plus riches, plus rapprochées l'une de l'autre. C'est là que dans la dernière moitié du si' siècle, à la faveur des troubles causés par la querelle du sacerdoce et de l'empire , éclata le mouvement révolutionnaire qui , de proche en proche ou par contre-coup , fit renaître, sous de nouvelles formes et avec un nouveau degré d'énergie, l'esprit d'indépeudance municipale. Sur le fonds plus ou moins altéré de leurs vieilles institutions romaines, les cités de la Toscane et de la Lombardie construisirent un modèle d'organisation politique , où le plus grand développement possible de la liberté civile se trouva joint au droit absolu de juridiction, à la puissance militaire, à toutes les prérogatives des seigneuries féodales. Elles créèrent des magistrats à la fois juges, administrateurs et généraux ; elles eurent des assemblées souveraines où se décrétaient la guerre ei la paix; leurs chefs électifs prirent (e nom de Consuls (1).

(1) Voyez les Considéra lions mr l'Histoire de France, en «le des Hicitt des temps mérovingiens, cliap. VI.

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