‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 71 sur 156 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

principes, combinés ensemble ei se modérant l'un l'autre, sortira, quand les temps seront venus, la fixation dernière du sol français, possédé par nous, à litre légitime et perpétue), au nom du double droit de la nature et de l'histoire.

La conception d'un nouveau système politique de l'Europe fondé sur l'équilibre des forces rivales, et où la France exerçât, non à son profit mais pour le maintien de l'indépendance commune, l'ascendant ravi à l'Espagne, celte conception de Henri le Grand, évanouie à sa mort comme un rêve, fut exécutée par Richelieu à force de négociations et de victoires. Quand le ministre de Louis XIII mourut épuisé de veilles patriotiques (1), l'ouvrage était presque à sa fin; une habile persévérance, jointe à d'éclatants faits d'armes (2), amena, en moins de cinq ans, l'acte fondamental de la réorganisation européenne, le glorieux traité de Weglpbalie (5). Cette partie de l'œuvre du grand homme d'État, sa politique extérieure, voilà ce qui de son temps fut le mieux compris, ce qui parut aux esprils élevés beau sans mélange (4) ; pour le reste, il ycutdoutc ou répugnance. Comme après le règne de Louis XI, l'opinion publique réagit contre

(ml... con lu ncl ère Galliam eum Franc in, et ubi ci inique Cuit anliqua Cal lin, ibi restau rare novam. {Tetlamentum poliiùurn. ap. Pétri Ubbe Blogïa sacra, etc., éd. 1706, p. 233 clsuiv.) — La pièce qui renferme ces mots remarquables, cl qui parut moins d'un an après la murl du cardinal, est une amplification incrustée, selon toute apparence, de paroles textuellement recueillies de sa bouclie. Richelieu oinmïl ù s'épancher a»ee ses amis; ii iliclail beaucoup h ceux qui l'en (auraient, et, comme on l'a vu pour Napoléon, des personnes curieuses prenaient noie de ses enlrelieos. (t; Le i décembre Iti42.

(9) Les victoires de Rocroi, de Nordllngen et de Lens. (3) Signé a Munsler, le îi octobre IMS.

(1) Voilure, dans l'une de ses leltrcs, se place, pour juger Richelieu encore vivunt.au point de vue de la postérité : •■ Lorsque, dans deux cents ans, ceux - qui viendront après nous liront en nuire histoire que le cardinal du

• Richelieu... s'ils ont quelque goutte de soni; franeois dans les veines cl « quelque amour pour la gloire de leur pays, pourront-ils lire ces choses a sans s'affectionner à lui ; et, a voire avis, l'ainicnuil-ils un l'es limeront-ils « moins à cause que, de son temps, les renies sur l'hotel de ville se seront » payées un peu plus lard, ou que l'on aui u mis quelques nouveaux officiers

* dans la chambre des comptes? Toutes les grandes choses coûtent beau- . coup. . (Lettre miy, édlt. de 1701, p. 179.)

m ESSAI SUR L'HISTOIRE DU TIERS ÉTAT,

l'action révolutionnaire du pouvoir. Les classes mêmes à qui devaient profiler le nivellement des existences nobiliaires et l'ordre imposé à tous furent moins frappées de l'avenir préparé pour elles, moins sensibles à l'excellence du but, qu'indignées de la violence des moyens et choquées par l'excès de l'arbitraire.

Celle réaction du tiers élal contre la dictature ministérielle, c'est-à-dire contre ce qu'il y avail eu de plus hardiment novateur dans l'action du pouvoir royal, fut le principe el l'aliment des guerres civiles de la Fronde. J'aborde ici l'un des événements les plus curieux et en même temps les mieux connu» du xvs 1 0 siècle, un épisode vivement louché dans des mémoires lus de tout le monde, et, de nos jours, étudié à fond par des écrivains distingués (1); je n'en ferai point de récit même sommaire, le plan de cet essai consiste a passer vile sur les points où l'histoire parle, et à m'arréter sur ceux où elle se lait. Dans les quatre années qu'embrasse le mouvement de la Fronde, il y a deux époques distinctes: l'une présente, extérieurement du moins, les caractères qui soni propres aux révolulions constitutionnelles des temps modernes; l'autre ne fait que reproduire la physionomie des troubles du règne de Louis XIII el quelques traits effacés des troubles de la Ligue. La première seule renlre complètement et doit tenir une place importante dans l'histoire du tiers état; c'est à elle que je bornerai mes remarques.

On sait dans quelles circonstances, au mots île juin 1C4S. les quatre cours souveraines, c'est-à-dire le parlement, la chambre des comptes, la cour des aides et le grand conseil se liguèrent pour résister ensemble au pouvoir royal exercé, sous Louis XIV mineur, par sa mère et par le cardinal Mazarin. On sait que cette coalition des compagnies judiciaires, faite, au nom de leur intérêt privé, pour le maintien gratuit du droit annuel (2 ,

((} H. de Soinl-Aulnire, Histoire de la Fronde; et M. Bazin, Hitleirede France soit* le ministère du cardinal Mazarin.

[3) (le ilroil, comliliiiii de l'Iinnlilii des cliui-gi-s, n'élail rlabli ipic pour neuf ans. A son expirai ion, en 1648, l'édil par lequel il fui reitoiJYcJc pour le

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