‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 73 sur 156 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

certains pamphlets de l'époque, et qui perce dans les discours des orateurs du parlement. Chez l'uu des plus modérés, on trouve les maximes que voici : Les rois soûl les égaux des autres hommes selon le principe commun de la nature, l'auiorité seule nous distingue. — L'autorité que possèdent les souverains dépend de la soumission de leurs sujets. — Les rois sont redevables de leur fortune et de leur puissance aux diverses classes d'hommes qui leur obéissent, et dont tes grands sont la moindre partie. — Les fonctions des magistrats, l'industrie des artisans, la patience des soldats, tous ceux qui travaillant contribuent à rétablissement et à la conservation de la royauté. — Sans le peuple, les États ne subsisteraient point, ci la monarchie ne serait qu'une idée (1).

Suivant la inarche constante des révolutions, il y eut dans la Fronde un moment de crise où le pouvoir, se relâchant de sa résistance, fit des concessions incomplètes i2), et oit une voix formidable, celle du public, répondit : 11 est trop tard. C'est alors qu'à la lutte légale succéda l'action violente, et qu'après un coup d'État de la cour (5) vint dans Paris celte journée d'émeute qui, renouvelant l'une des plus fameuses de la Ligue, fut nommée, comme elle, Journée des barricades. Un pareil nom appelle désormais sur la page d'histoire où il figure plus que l'intérêt de curiosité, car des souvenirs d'angoisse et de deuil viennent de s'y attacher pour nous. En lisant les faits du 27 août 1648 rapportés dans les mémoires du temps, on s'arrête pensif quand on rencontre des détails tels que ceux-ci : « Toul le monde sans exception prit les armes; l'on voyoit des

(1) Mémoire! d'Orner Talon, collect. HicnDiiri, 3» série, t. VI, p. Sli9. - J'«i louclic ça et lâ iiu texte original, pour le rendre plus clair, eu le dégageant Je la forint: oratoire nu de locutions quelque peu vieillies.

(2) Voy. les édils rendus dans le courant de juillet UM8, et surtout la déclaration du roi vérifiée au parlement en lit de justice le dernier jour du muis et intitulée : • Règlement sur le fait de la justice, police et finances et le soulagement des sujets du roi. ■ /tteueit drj ancienne! toit française!, t. XVII, p. 84 etsuiv.

(3) L'arrestation du conseiller Brousse! et des présidents Charton cl Blaucinesnil.

a enfants de cinq el de sis ans avec des poignards à la main, « on vc-yoil les mères qui les leur apportaient elles-mêmes. Il « y eut dans Paris plus de douze cents barricades en moins de « deux heures, bordées de drapeaux et de toutes les armes que n la Ligue avait laissées entières. Dans la rue Neuve-Noslre- « Dame, je vis enlr'autres une lance traînée plutôt que portée « par un petit garçon de Imit ou dix ans, qui estoil assurément « de l'ancienne guerre des Augloïs (i). »

Si les vieilles armes des Ligueurs se remontrèrent alors dans les mains du peuple de Paris, ce fut à la voix des passions nouvelles et pour des principes nouveaux; l'esprit populaire de 1648 tenait moins du passé que de l'avenir. Une force toute plébéienne et purement politique venait de se dresser tout à coup en face du pouvoir royal, non pour le vaincre celte fois, les temps n'étaient pas mûrs, mais pour se rasseoir presque aussitôt sur elle-même, grandir sans cesse par le travail des idées, et reparaître, avec une puissance irrésistible, aux jours de 1780.

La déclaration royale du 24 octobre 1648 (2) marqua pour

(I) Mémoires du cardinal de Retz, collection Michnud, 3" série, I. I, p. 67. — La face Je la ville lie Paris étoit mécoimoissuble ( (ous lus hommes jeunes et vieux , et petits enfouis depuis l'âge de douze uns, avoîent les armes il la main... Bous trouvâmes depuis le Palais jusques ou Patois-Royal Imit barricades fuites pur les chaînes tendues es lieux où il y en doit avoir, par des poulres mises en travers, par des tonneaux remplis de paves, ou de terre, ou de moellons ; outre plus toutes les- avenues des rues ira versant es éloienl aussi barricadées, el a chacune barricade un corps de garde compose de vingtcinq ou trente hommes armes de toutes sortes d'armes, tous les bourgeois disant hautement qu'ils étaient au service du parlement... Chase étrange que dans lu maison du roi tes officiers doniesliques nous disaient : « Tenez bon, l'on vous rendra vos conseillers, " et, dans les gardes françoïses, les soldats disoicnl tout haut qu'ils ne combatlroient point contre les buurgeois, el qu'ils mettroient tes armes bas, tant émit grand le mrpHs du gouvernement. (Mémoires d'Orner Talon, ibid., t. VI, p. 2liii-266 )

;2) Déclaration du roi portant règlement sur le fuit de la justice, police, finances et soulagement des sujets de Sa Majesté. (Mémoires li'Omer Talon, ibid., t. VI, p. 593.) — Cette ordonnance n'est que la confirmation des articles délibérés duus la chambre de Suint-Louis ; voyez plus haut, p. 189 100.

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