‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 74 sur 156 · CHAPITRE Vlll · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vlll

la Fronde un second moment critique, répondant à ce point où parviennent les révolutions quand le pouvoir accepte, mais sans résignation et sans bonne foi, le pacte que la nécessité lui impose. Un temps d'arrêt plein de défiances cl de tiraillements conduisit à la période extrême du mouvement révolutionnaire, à l'usurpation de toute l'autorité dans Paris par le parlement ayant pour auxiliaires les magistrats municipaux. Les mesures qui Turent prises alors au nom du salut public, la levée d'impôts et de troupes régulières, l'organisation de la défense et de la police de la ville, l'appel d'union fédéra live adressé à tous les parlements cl à toutes les villes du royaume prouvent que la magistrature coalisée ne manquait ni d'audace ni d'énergie (1). Sa marcha en avant se commua, tant que pour la poursuivre elle n'eut besoin que des sympathies exaltées de la bourgeoisie et du peuple; son écueil fut l'alliance que la force des choses l'obligea de faire avec les intérêts et les passions de la haute noblesse. Ce secours, plus que dangereux, devait l'cntrainer hors de ses voies de probité et de patriotisme; dès qu'elle le vil, elle recula. Ce fut l'honneur du parlement d'avoir répondu par l'indignation et le dégoût à ceux qui proposaient de donner à la cause populaire l'appui des ennemis de la France. Contraint de choisir entre une opposition inflexible et le devoir

(I) Ensuite la cour délibéra det moyens de la conservation publique,

et pour y parvenir arrêteront de former un million de livres. {Mémairei d'Orner Talon, coll. Michaud, ô* série, t.VI, p. 321 .)-Arrêl du parlement qui déclare le cardinal Maiarin ennemi du roi et de l'Étal, et ordonne une levée de gens de guerre, 8 jan*ier 1649.— lilem faisant défense ù tous capitaines et soldats d'approcher a vingt lieues de Paris, et enjoignant aux villes, bourgs et communes de leur courir sus, 10 janvier.— Idem qui ordonne l'expropria lion nécessaire pour tonifier par des relranclicmciils les faubourgs de Paris, il janvier. — Lellre du parlement de Paris aux oulres parlements du royaume, 18 janvier. — Lettre aux bailli.-, .é[iéeli;iu\, muires, échevins et autres officiers du royaume, morne date. — Arrêt du parlement de Paris qui ordonne que tous les deniers publics du ressort seront versés dans les coffres de ï ho tel de ville, 1D janvier. — Arrêts pur lesquels il déclare sa jonction aïcc les parlement de Provence et de Normandie , 28 janvier cl S février. (Jiteueii du ancienne» lois fraxfaûu. t. XVII, p. 115, 118, 119, 131, 147 et IBS i Rtgiiirt, de l'hôtel de «ifie de Parti pendant la /Vende, publiés par MM. Leroux de Liucy cl Douel d'Arcq, t. I«, p. 139 et 135.)

m ESSAI SUR L'HISTOIRE DU TIERS ÉTAT.

de loul bon citoyen, il n'hésita pas; il fit sa paix avec la cour,

au lieu de pactiser avec l'Espagne (1).

Un fait singulièrement remarquable de l'histoire de la Fronde, c'est l'accueil dédaigneux que firent les classes roturières à la convocation des étals généraux ordonnée pour le iS mars 1649 (2). Cet appel du pouvoir royal à l'autorité nationale des trois ordres, qu'il prenait pour arbitres dans sa querelle avec le parlement, fut écoute par la noblesse, mais non par le tiers étal ; ni la bourgeoisie, ni le peuple des campagnes, ne se portèrent aux élections, leur foi politique n'était plus là; détrompés sur la vertu de ces assemblées où les classes privilégiées comptaient deux voix contre une, ils aimèrent mieux poursuivre une expérience nouvelle sous la conduite des magistrats de leur ordre (5). Les corps municipaux reconnurent l'autorité suprême du parlement (4); celui de Paris, avec son prévôt des marchands, ses échevîns, ses conseillers, ses syndics de corporations industrielles, ses qnarteniers, ses colonels et capitaines de milice, fut le pouvoir exécutif des lois faites

(I) << marslG49.

(9) Voyez la lettre circulaire du roi pour celle pon vocation, 23 janvier. (Accueil des ancienne» loin françaises, t, XVII, p, 144 ; voy. aussi les lettres du i avril 1631, ibid., p. 241 cl 242.)

(ô) Un arrêt ilti parlement de Bretagne, touchant la convocation des étais généraux et celle îles étaK pai limiter* de la province , porte ce qui suit : « I.a rniir. .. a arrcsié que le roi sera tres-liumhlemenl supplié d'avoir pour » agréable qiia l'ordre de loul lemps observé pour la convocation des étals « généraux soil invinlablemenl gardé, et qu'ils ne soient assemblés que par « lettres patentes vérifiées en parlement, cl de surseoir la tenue des étais • de la province; cl cependant fait inhibitions et défenses à toutes per- « sonnes, de quelque qualité cl condition qu'elles soient , de s'y trouver et « de s'assembler sous prétexte desilils étals. « (ffeeueii de* aneiennci toit françaiii», I. XVII, p. 160.) — Il n'y eul que des élections incomplètes, et la réunion des étals fut ajournée indéfiniment : après deux ans, et sur les instances de la noblesse, elle fut ordonnée de nouveau avec de nouveaux choix de députés pour le 8 septembre lGSt. Mais, celte fois comme l'autre, les élections, surtout celle- ilu tiers éUI, n'eurent puinllieu dans loule la France. Voy.tSW.,p. 230 el suiv.

(*) Parmi les villes donl l'adhésion fut déclarée, on peut compter celles de la Normandie, de la Provence, du Poilou, de la Guyenne, do Languedoc, Amiens, Péroune, Méiières, le Mans, hennés, Angers, Tours, cl beaucoup d'au 1res.

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