‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 75 sur 156 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

par la compagnie souveraine (1). Il n'est pas sans intérêt de suivre, dans les registres officiels, les acles de ce pouvoir qui s'empara de la Bastille, et qui eul quelque chose des irremcnu de la fameuse commune de Paris (2).

Ce Tut sans doute un jour d'orgueil pour la bourgeoisie parisienne que celui où un prince du sang parut devant les magistrats municipaux, et leur dit qu'ayant embrassé leur parti et celui du parlement, il venait habiter auprès d'eux pour s'occuper avec eux des affaires communes (3), où de grands seigneurs prêtèrent sermeut comme généraux des troupes de la Fronde, et où des femmes brillantes de noblesse et de beauté s'installèrent à l'hôtel de ville comme otages de la foi de leurs mari- ; mais ce jour-là l'entreprise plébéienne contre le pouvoir absolu perdit son caractère de dignité et de nouveauté; elle commença d'être une imitation de ce qui s'était vu sous la régence de Marie de Médicis. Ce que la révolte avait de sincère dans son esprit et de grave dans ses allures disparut quand les courtisans factieux, leurs mœurs et leurs intérêts y entrèrent.

La paix conclue à Saint-Germain, le 30 mars 16*9, entre la cour et le parlement (4), termina ce qu'on peut nommer la période logique de la Fronde, c'est-à-dire celle où le mouvement d'opinion et l'action révolutionnaire partirent d'un principe, le besoin de lois fixes, pour marcher vers un but d'intérêt social, l'établissement de garanties contre l'arbitraire. L'acte final de cette paix sanctionna de nouveau la grande concession déjà faite, l'intervention du parlement de Paris dans les affaires générales, surtout dans les questions d'impôt. Ainsi le régime

tl) Les nrrets politiques du parlement se terminent pur celte formule: • Enjoinct au prévoit des marchands et eschevius lie tenir la mai» ci i'rxi/rniioa; i et les ordonnances île l:i ville portent en Bénira! celle-ci : « Conformément à l'arrêt de nosseigneurs île ta tour de parlement. « Voyez les Kegiitret de Vliotel de ville de l'aria, publiés par MM. Leroux de Lituy el Douet

(2j Ibid., I. I", p. 103, 130 et passim.

(3) Le prince de Conti, Registres de l'hôtel de vitU de Parie, p. 1 18.

(*) Voyez le Imité signe à Ruel te (I mars , et l'édit pour le rétablissement du la tranquillité publique, enregistré le 1" avril. (linueil des aneiama lois françaises, I. XVII, p. ICI el tfii.)

absolu aessa pour faire place à un régime de contrôle judiciaire; mais, loin que ce changement, qui énervait tout le système administratif, fil naître un meilleur ordre ei pacifiai la France, il n'en résulta que l'anarchie. Ce fut la destinée dn parlement aux deux derniers siècles d'exciter chez la nation des désirs de liberté légale et d'être incapable de les satisfaire par rien d'efficace ou de sérieux. Dans la première année de la Fronde, son rôle eut une certaine grandeur, mais la suite le montra déchu de sa position dominante, ne dirigeant plus, se gouvernant à peine lui-même, tour à tour violent et timide, complice malgré lui, de l'ambition des grands alliée aux passions de la multitude. Trois ans de guerre civile pour de pures questions de personnes, un pêle-mêle de complots aristocraii- ' ques et d'émeutes populaires, de frénésie et de frivolité, les scandales d'une galanterie sans pudeur joints à ceux de la révoile par égoïsme et d'un appel fait à l'étranger, des noms glorieux tout d'un coup souillés par le crime de trahison envers lu France (1), enfin un massacre comploté contre la haute bourgeoisie par des démagogues a la solde des princes ;2) : telles sont les scènes qui, du mois d'avril 1649 au mois de septembre J652, remplissent et complètent l'histoire de la Fronde. Folles ou rebutantes, elles sont tristes à lire et encore plus à raconter.

Après un ébranlement qui, pour sa durée, avait eu peu de profondeur, la société française se raffermit sur ses nouvelles bases, l'unité et l'indépendance absolue du pouvoir. Le principe de la monarchie sans limites fut proclamé plus rudement que jamais au milieu d'un Bilence général (5), et l'œuvre de

(1) Turenne et le grand Coudé.

(2) Massacre de lïiolcl de ville, i juillet 16S2.

(3) Nous avons fuiL cl faisons Irès-ex presse s inhibitions et défenses aux gens tenant noire dite, cour de parlement de Paris île prendre ci-après connaissance des affaires générales de noire Élat et de la direction de nos finances, ni de rien ordonner, ni entreprendre, pour raison de ce, contre ceux a qui nous en avons confié l'administrai ion, a peine de désobéissance! il tel» r a ni des ù présent nul et de nol effel tout ce qui n été ci-devant ou pourvoit élrc ci-après résolu et arrête sur ce sujet dans ladite compagnie au

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