CHAPITRE IX
rendant, le plus possible, avantageuses el honorables (1). 11 réduisait le nombre et la valeur des offices, afin que la bourgeoisie, moins empressée à leur poursuite, tournât son ambition et ses capitaux vers le commerce, el il attirait du même côté la noblesse, en combattant le préjugé qui, hors du service militaire et des hauts emplois de l'État, lui Taisait un point d'honneur de la vie oisive (2). L'émulation du travail, tel était l'esprit nouveau qu'il se proposa d'infuser à la société française, et selon lequel fut conçu par lui l'immense projet de re-
(I) 11 faut aussi prendre garde que loin ceux qui seront nommés pour cette minière aient plus de force el de probité qu'aucuns... Il sera bien nécessaire qu'ils observent de ren dre difficiles loules les conditions des hommes qui rendent 4 se soustraire du travail qui va au bien général de tout l'Élut ; ces conditions sont le trop grand nombre d'olHcicis de justice, le trop grand nombre de prêtres, de moines et religieuses. Et ces deux derniers, non-seukmenlsc soulagent du travail qui ïroii au bien commun, mais même privent le public de tous les enfants qu'ils pourraient produire pour servir aux fonctions nécessaire; el utiles : pour cet effet, il serait peut-être bon de rendre les vœux de religion un peu plus difficiles, et de reculer l'Axe pour les rendre valables , même retrancher l'usage des dois et des pensions des religieuses, el de faciliter et rendre honorables et avantageuses, autant qu'il se pourra, toutes Ira conditions des hommes qui tendent 1111 bien public , c'est-à-dire les soldats , tes marchands , les laboureurs et gens de journée. (Puijul d'une l'c v : s : i > ij ^t-nératc des ordonnances , discours prononcé par Colbcrl dans le conseil du 10 octobre IG6B, Revue rétrospective, 2 e série, l.lV,p.2S7et S uiv.)
(3) Cumtue le commerce, el particulièrement celui qui se fuit sur mer, est la source féconde qui apporte l'abondance dans les États el la répand sur les sujets à proportion de leur industrie et de leur travail, qu'il n'y a point de moyen pour acquérir du bien qui joli plus innocent cl plus légitime ; aussi u-l-il toujours été en unindc ninsiitrr.ilion parmi les nations les mieux policées... Comme il importe au bien de nos sujels et a notre propre salisfaction d'effacer entièrement les restes d'une opinion qui s'est universellement répandue que le commerce maritime est incompatible avec la noblesse, et qu'ilenriélruii les privilèges, nu 114 avons estimé h propos de faire entendre notre intention sur ce sujet, cl de déclarer le commerce de mer ne pas déroger à noblesse, par une loi qui fut rendue publique el généralement reçue dans imite l'étendue de nuire royaume (Edil d'août 16UD, Recueil des ancienne! toi* françaises, t. XVIII, p. 217.) — Voy. Forbonnais, Recherche» el considération! sur les finança ife France, l. Il, p. 130 et 36î ; t. III , p. 257.
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manier la législation tout entière, et de la fondre en un seul
corps pareil au code de Juslinien (1).
C'est a ce dessein qu'il faut rapporter, comme des fragments d'un même ouvrage, les grandes ordonnances du règne de Louis XIV, si admirables pour l'époque, et dont tant de dispositions subsistent encore aujourd'hui, l'ordonnance civile, l'ordonnance criminelle, l'ordonnance clu commerce, celle des eaux et forêts et celle de la marine (2). Colberl, d'abord simple intendant, puis contrôleur général des finances, avait, par l'ascendant du génie, contraint le roi à élever ses fonctions dans le conseil jusqu'à celles de régulateur de tous les intérêts économiques de l'État. De la sphère spéciale où son titre d'emploi semblait devoir le renfermer, il porta du premier coup la vue aux plus hautes régions de la pensée politique, et, enveloppant toutes choses dans cette synthèse, il les considéra, non en elles-mêmes, mais dans leur accord avec l'idéal d'ordre fécond et de prospérité croissante qu'il se formait. Il lui parut qu'une grande nation, une société vraiment complète devait
(t) Mais si Voire Majesté sYst |irn|nijc quelque plu - cranil dessein, comme serait celui de réduire tout son royaume sous une même loi, même mesure et même poids, qui seroil assurément un dessein il i ^ne de in grandeur de Voire Majesté, digne de son esprit el de son Age, cl qui lui attirerait un abîme de bénédictions et de gloire , dont toutefois Votre Majesté u'nuroit que 1 honneur de l'eiéculion, vu que le dessein en auroil été formé pnr LouisXtsqtiioété, sans contredit, leplus habile deions nos rois. (Projet d'une révision générale des ordonnances, Bevite rrlrosp reliée, 2' série, t. IV, p. 248.) — Après avoir avancé eo travail, peut- être Sa !l ije-Lé voudra que l'on
poursuive pour achever If corps entier de ses urdi aiiecs, et que l'on
examine de même celle* qui concernent les domaines de ta couronne , les finances, les eaux cl forêts, l'amirauté, In connélnblie, les.fonclions de toutes les eliurj-'es et u 11 ic s du royaume,... el généralement, alln de rendre ce corps d'ordon minces aussi complet que celui de Juslinien pour le droil romain. («M., p. 238.)
(2) Ordonnance civile toucbuni la reformai ion de la [usitée [avril 1G67) j ordonnance pour la réformation de la justice, faisant eunlinualton de culte d'avril 1667 (août 166!!}; édit pui lmil r échine rit (.'i-maal pour les eaux et forets (noàl IliOU) ; ordonnante erioiinelle 'noùL i ii/ll ; m doimunce du commerce (mars 1G7Ô) ; ordonnance de la marine (aoill lfiHI). Itrc. det aucitunt* loh françaises, t.XVill, p. 103, 3*t, ÎIO et 571 ; l. XIX, p, 92*282.