‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 85 sur 156 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

haine. Sou convoi, devant passer près des halles, tic sortit qu'à la nuit et sous escorte, de peur de quelque insulte du peuple. Le peuple, el surtout celui de Paris, haïssait Colbert à cause des taxes onéreuses Établies depuis la guerre de Hollande ; on lui imputait la nécessité contre laquelle il s'était débattu en vain, et l'on oubliait d'immenses services pour le rendre responsable de mesures qu'il déplorait lui-même el qu'il avait prises malgré lui. Le roi fut ingrat, le peuple Tut ingrat; la postérité seule a été juste.

La mort de Colberl et la révocation de l'édit de Nantes, une perle irréparable et un coup d'État funeste, marquent dans le règne de Louis XIV le poiut de partage des aimées de grandeur et des années de décadence. De ces deux événements séparés par un court intervalle, on peut dire que le second ne fut pas sans liaison avec le premier. Il faut ajouter aux mérites du grand ministre celui d'avoir été le défenseur des protestants, d'avoir combattu sans relâche les atteintes portées par l'esprit d'unité religieuse à la charte de liberté de fleuri IV (1). C'était encore la politique de Richelieu qu'il suivait en maintenant les droits inoffensifs garantis deux fois aux réformés (2). Moins par philosophie que par instinct patriotique, il protégeait eu eux toute une population d'hommes tels qu'il les voulait pour ses plans, d'hommes actifs, probes, instruits, versés dans l'industrie el le commerce , et attachés à ces professions par la malveillance même qui les écartait graduellement des fouettons publiques. Tant que dura l'influence de Colberl dans les conseils de Louis XIV, la raison du roi fut tenue en garde contre les suggestions du clergé catholique et contre ses propres désirs (3);

(t) Voy. plus haut, chap. vi, p. 125 el tïC.

(3) D'abord par l'ddit de Nantes, 13 avril l!i98, el ensuite pnr l'édit donné à filmes, en juillet 1629.

(3] Qunut a ce grand nombre de mes sujets de la religion prétendue réformée, qui étoil un mat que je regarde avec douleur... it me sembla, mon 61s, que ceux qui vouloienl employer des remèdes violents ue conuoissoicnl pas la nature deee mat, eausé en partie par !u elialcur des esprits qu'il faut laisser passer et s'éteindre insensiblement, au lieu de l'exciter de nouveau par des contradictions aussi fortes... Je crus que le meilleur moyen pour mus éjit. ii)

Page 1