‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 89 sur 156 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

mense espoir que ses commencements avaient fait naître, lorsqu'on eulvu, au milieu de victoires stériles elde revers toujours croissants, le progrès dans toutes les branches de l'économie publique changé en détresse, la ruine des finances, de l'industrie et de l'agriculture, l'épuisement de toutes les forces du pays, l'appauvrissement de tuuies les classes de la nation, la misère effroyable du peuple, un amer dégoût s'empara des âmes, et y remplaça l'enthousiasme de la confiance et de l'amour (1). Qu'y avait-il sous ce grand et douloureux mécompte dont l'empreinte se montre si vive dans les documents contemporains ? Ce n'était pas simplement l'espérance humaine trompée par un homme, c'était l'épreuve décisive d'une forme d'Étal préparée de loin

rang d'héritage entre les ducs Je Bourgogne et de Bcrri. Voyez, sur cet acte et sur l'acceptation du testament de Charles II, l'ouvrage de M. Miguel : Négociations relative» à la succession d'Espagne, Introduuliot], p. i*xv| et suivantes.

(I) Cependant vos peuples que vous deviez aimer comme vos enfants, et qui oui été jusqu'Ici si passionnés pour vous, meurent de faim. La culture des lerres est presque aliuiuluiinèe ; les ville* et la campagne se dépeuplent ; luus les métiers languissent et ne nourrissent plus [es ouvriers. Tout commerce est anéanti, l'ur C'jii^tjunii, vous avez détruit la moitié des forces réelles du dedans de votre État, pour faire et pour défendre de vaines conquêtes uu dehors. {Lettres de Fcnelon à Louis XIV, 1692 ou 93, OEuvres choisie*, 1. Il, p. 117.] — Par toutes les recherches 'lue 1'°' P u faire, depuis

derniers temps, près de la dixième partie' du peuple est réduite à la mendicité, et mendie effectivement; que des neuf autres parties, il y en a cinq qui ne sont pus en étal de faire l'uumùne à cellc-lù, parce qu'eux-mêmes sont réduits, a très-peu de chose prés, a celle malheureuse condition; que, des quatre autres parties qui restent, les trois sont fort malaisées et embarrassées de dettes et de procès; et que, dans la dixième, où je mets tous les gens depée.dc robe, ecclésiastiques et laïques, toute la noblesse haute, la noblesse

bourgeois reniés et les plus accommodés, on ne peut pas compter sur cent mille familles. (Vauban, Dime royale, collect. des principaux économistes, t. I, p. 3i.) — Le peuple même (il faut tout dire) qui vous a tant aimé, qui a eu tant de confiance en vous, commence a perdre l'amitié, la confiance, et même le respect. Vos victoires et vos conquêtes ne le réjouissent plus ; il est plein d'aigreur et de désespoir. Lu sédition s'allume pou a peu de toutes parts. Ils croient que vous n'avez aucune pitié de leurs maux, que vous n'ai' mei que votre autorité et votre gloire, (Lettre.! de Fcnelon à Louis XIV, P . ilS.)

par le travail des siècles, au profit de laquelle toute garantie de

liberté politique avait été détruite ou abandonnée, et dont la

masse nationale avait favorisé le progrès comme étant le sien

propre.

Que la société française eût conscience de la nature et des profondeurs de la crise dont son affaissement actuel n'était qu'un prélude, qu'elle sentit des choses que les générations postérieures n'ont comprises que par la suite des faits et par l'enseignement de l'histoire, c'est ce que je ne veux point dire ici. Quelque signification qu'il eûtalors pourceuxquien souffraient, l'étrange contraste entre les premières et les dernières années de Louis XIV répondait a l'un de ces moments solennels dans la vie des nations où un grand mouvement social, épuisé dans ses résultats, s'arrête, et où commence un autre mouvement qui, plus ou moins secret, plus ou moins rapide, saisira l'esprit public, pour le transformer, et entraîner tout vers un avenir inconnu.

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