‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 90 sur 156 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

CARACTÈRE SOCIAL DU RÈGNE DE LOUIS XIV, SOU ACTION SUR LES PROGRÈS DU TIERS ÉTAT.

SoMviinE : Fin de lu première période de uns i i'volu siims sociales, commencement île la seconde. — Nouvelle Carrière d'efforts el de progrès ouverle au iviii c siècle. — Abandon des libertés historique;, reelierclie du droit purement rationnel. — Rôle du tiers élut dans ce grand maiivemenl des esprits. — Opposition au sein de la eour de Louis XIV, Féiiclon et le due de Bourgogne. — Leur projet de constitution aristocratique et libérale. — Bon ïens et fermeté d'Ame du vieux roi, résultats de sou gouvernement. — Progris vers l'égalité civile, patronage des lettres. — La vie de la nation attirée au centre, déclin des institutions locales. — Les emplois municipaux érigés en litre d'offices, conséquences de cet eipcdiem financier. — Ruine des libertés municipales. — Attaque aux privilèges politiques du parlement. — Interdiction de toute remontrance avant l'enregistrement des lois. — Le parlement se relève; son roïcau xviu* siècle.

Après avoir, avec une logique intrépide, sacrifié lotîtes ses vieilles institutions à l'agrandissement d'une seule, après avoir laissé abattre l'indépendance des classes d'hommes et des territoires, les droits des provinces et des villes, le pouvoir des états généraux et le contrôle politique du parlement, la France, parvenue à l'apogée de cette longue révolution, se trouvait en face de l'unité monarchique, mais d'une unité toute personnelle pour ainsi dire, el d'où, en théorie, l'idée même de nation formant

un corps était exclue (1). Ainsi l'action des siècles écoulés depuis le xtr, en atteignant son but si régulièrement poursuivi, aboutissait à un régime inacceptable comme déûuilif pour la raison et le patriotisme, à quelque chose qui, loin de fixer !a marche du progrès en politique, n'était qu'une éiape, un second point de départ, le commencement de nouveaux efforts.

Ce travail nouveau de l'opinion et de la volonté publique devait être, non de rebâtir des ruines, non de toucher à l'unité absolue de l'État, produit spontané de nos instincts sociaux, mais de lui imprimer en quelque sorte, au lieu du sceau royal, le vrai caractère national, de Taire que son idée agrandie renfermât, pour les garantir, ions les droits légitimes du citoyen (2). Telle fut l'œuvre glorieuse du siècle dont la quinzième année termina le règne de Louis XIV, œuvre dans laquelle l'objet fut moins simple et les rôles plus mêlés que dans la première, et qui fut pleine de tâtonnements jusqu'au jour où toutes les voies s'aplanirent par la fusion des deux premiers ordres au sein du troisième, et par l'avéneincni d'une assemblée une et souveraine des mandataires de la nation.

C'est à ce point de l'histoire de France que doit s'arrêter celle du tiers état; là disparait son nom et finit son existence à part dont les derniers progrès et les actes les plus mémorables se-

(t) La France est un Étal monarchique dans toute l'étendue de l'expression. Le rui y représente la nation entière, et chaque particulier ne représente qu'un seul indïyjdu envers le rui. Par conséquent, toute puissance, toute autorité, résident dans les mains du roi, et il ne peut y eu avoir d'autres dans le royaume que celles qu'il établit... Lu nation ne fait pas corps en France, elle réside (oui entière dans la personne du roi. (Manuscrit d'un cours de droit public de la France, oomposé pour l'instruction du duc de Bourgogne: citation faite par Lemonlcy, OBvvret complètes, l. V, p. 15.)

[9) Le premier signe d'une réaction des esprits se manifesta, dans l'année 1690, par la publication de quinze mémoires sur le Gouvernement de Louis XIV, imprimés a l'étranger sous ce litre ; Les soupira dt la fronce cïcfaue qui aspire après sa liberté. L'auteur anonyme dénonce en terme» véhéments ce qu'il nomme l'oppression do l'Église, de la magislrulure.de la noblesse et des villes; il s'élève contre les doctrines de la monarchie absolue, et réclame, au nom des droits du peuple, la convocation des étals généraux.

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