‹ Essai sur l'histoire de la formation et des progrès du tiers étatChapitre 92 sur 156 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

menls contradictoires, qui innovait d'une part en philanthropie sociale et de l'autre en distinction de droits et de rangs selon 1» naissance, qui relevait la noblesse de sa décadence politique et rabaissait les positions faites par le temps au tiers étal, cette constitution analogique et antihistorique n'avait pas chance d'être populaire un seul jour, si du monde des rêves elle eut passé dans celui des fails réels. La monarchieen France, quand elle cesserait d'être absolue, devait rester administrative 1 ; la liberté en France devait se fonder, non sur une séparation plus marquée, mais sur la fusion des ordres; non sur l'abaissement, mais sur l'élévation continue des classes roturières.

I.a mort du dauphin à peine âgé de trente ans emporta ces projets et les espérances qui s'attachaient à son règne (I). Louis XIV ne connut que d'une manière vague les plans élaborés par son petit-fils dans le secret de l'intimité Il s'applaudissait de l'esprit sérions et des hautes qualités du jeune prince, mais le reste était pour lui un objet de défiance ou d'antipathie (3), et cela autant par sa droiture de sens que par ses instincts despotiques. S'il avait en lui-même une foi extravagante, il croyait profondément à la sagesse de ses ancêtres, à l'efficacité civilisatrice de ce pouvoir uni et concentré qu'il avait reçu d'eux, dont il abusait sans doute, mais qu'il développait dans le même sens qu'eux. Au milieu des pompes de sa

gouvernement; que sans libellés nationales, il n'y a ni ordre ni justice dons t'Élut, ni véritable grondeur pour le prince ; que le corps de la nation doit nvuir port aux affaires publiques.

(I) Il était né le 6 août 1682. et mourut le 18 février 1719.

(2} Après la mort du duc de Bourgogne, le roi se lit apporter une cassplle remplie de ses papiers secrets, qui furent brûlés. Il donna cet ordre, non,

d'une rose du due de Beauvilliers, qui l'ennuya en loi lisant de longs mémoires sans intérêt, pour lui 61er l'envie d'entendre la lcclure du reste. Une autre eassetlc eontenaul des pîèees relatives aux choses convenues entre le prince et ses amis fut sauvée par ces derniers. Voy. les M ém. de Saint-Simon, t. XII, p 267.

(3) On cannait te mol du roi oprès une conversation qu'il voulut avoir avec Fënelon sur ses principes de gouvernement : « J'ai entretenu le plus bel esprit et fe plus chimérique de mon royaume. » Voy. Voliaire, Siècle de LtmiiXIV, t. Il, ch. «IvlU, p. 432, edil. Beuchot.

cour, il était niveleur à sa manière; pour lui le mérite avait des droits supérieurs à ceux de la naissance; il ouvrait déplus larges routes a l'ascension des hommes nouveaux; au lieu de diviser, il unissait. Il travaillait à rendre complète l'unité politique du pays, et, sans le savoir, il préparait de loiu l'avéne- < ment de la grande communauté une et souveraine de la nation.

Ainsi, malgré ses défauts trop manifestes, la politique de Louis XIV était plus intelligente et valait mieux pour l'avenir que les imaginations spécieuses des réformateurs de son temps; il comprit quelle devait être sa tâche après l'œuvre de ses devanciers, et il la remplit fidèle m Mit, selon la mesure de ses forces. Qu'on lui accorde ou qu'on lui refuse le nom de Grand qui lui fut décerné par une admiration mêlée de flatterie (1), il est impossible de ne pas ressentir l'impression que produit dans l'histoire celte figure de roi, calme et fière, sérieuse et douce, attentive et réfléchie, à laquelle l'idée de majesté répond si bien. 11 est même impossible de ne pas regretter par moments le blâme sévère que la justice oblige d'associer aux éloges qui lui sont dus; et ces moments ne sont pas ceux où sou règue brille du toul ce qui fait la splendeur et la puissance des États, mais ceux où le royaume a perdu sa force et sa prospérité, où le monarque, autrefois comblé de gloire, n'en a plus à espérer que de sa lutte avec le malheur. C'est lorsque, vaincu sur toutes ses frontières par l'Europe coalisée, il prolonge ce combat suprême avec une constance inébranlable, s'oubliant lui-même aGn d'épargner au pays les douleurs d'une invasion étrangère, immolant sa fierté et prêt à donner sa vie pour l'indépendance nationale C'est aussi lorsque au plus fort de ses revers, il

(I) Ce titre, inscrit d'abord sur quelques médailles fi-appi'r.s eu l'honneur du rai, lui Tut, en 1680, déféré solennellement pur l'hôtel de ville de Paris.

(-2, Yuyei les événements du régne de I70S A 1715, année de la paix d'Uli'cchl. — Celle constituée, cette fermeté d'ome, eetle égalité extérieure, ce soin toujours le même de tenir tant qu'il pouvait le limon, celte espérance contre toute espérance, par courage et pur sagesse, non par aveuglement, ces dehors du même roi en toutes choses, c'est ce doni peu d'hommes auraient clé capables, c'est ce qui iiuroil pu lui mériter le nom de Grand, qui

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