CHAPITRE X
presque tous les ministres sortirent de la bourgeoisie (1); plusieurs des noms illustres dans les armes (2), et, dans les lettres, tous les grands noms, sauf trois seulement, Turent plébéiens (3).
Hais si cette dernière gloire, la plus lia u te et la plus durable du règne, celle qui le fait compter comme époque dans l'histoire de l'esprit humain, revient pour une telle part au tiers étal, une part aussi en est due à l'influence personnelle du roi. Non-seulement Louis XIV, conseillé par Colbert, fixa le sort des gens de lettres, en instituant pour eux des pensions régulières; mais, de lui-même, il fit plus, il les honora dans ses bienfaits. U leur assigna uue place à la cour, et mit leur association libre, l'Académie française, au rang des grands corps de l'État (i). Par sa familiarité pleine d'égards avec les principaux d'entre eux, il anoblit en quelque sorte la littérature; et, par sa dignité naturelle, sa justesse de sens et la pureté de son goût, il exerça, sans y prétendre, une véritable action sur elle (5).
les dédaignoient, les révèrent ! heureux s'ils deviennent leurs gendres. {Let t'araelirca de la Bruyère, chnp. ix, Dci grands.)
(1) Sur la liste des secrétaires d'Étal, avant et depuis la mort de Hazarin, on relève i la première vue les noms suivants : Boultaillier, Bailleul, Servie», (iuénégaud, Fouquet, Michel le TelMer, le 'l'ellier de Louvois, le Tellicr de Barbézîcux, Jean-Bapiisle Colbert, Colbcri de Seignelay, Colbert de Croissi, Colberl de Torci, Arnaud de Pomponne, Phélipeaux de la Vrilliére, Phélipcauxde Chflleauneuf, le Pélelier, Desmarets, Cbamïllard. Les chanceliers, comme choisis anciennement parmi In magistrature, ne figurent pas sur ce catalogue, ù moins qu'ils n'eussent débute au ministère par un autre dépiirtcnieni que celui de la justice.
(2) Fubcrl et Câlinât, Duquesne et D ligua y-Trou in.
(3) Corneille , Pascal , Molière, Racine, la Pouiaine, Builcau, Bossuet, Bourdaloue, Fléeliicr, Massillon, la Bruyère, Arnaud, Nicole, Domal, et, si l'on y joint les artistes, le Poussin, le Sueur, le Lorrain, Philippe de Champagne, Lebrun, T'ugct. Les noms exceptés sont ceux de Fèneton, la Rochefoucauld et madame de Sévi g né.
{i) L'Académie, depuis la mort de lUchelieu , clail sous le patronage officiel du chancelier ; vers 1672, le roi s'en déclara personnellement le protecteur, et lu! donna le droit do venir le haranguer dans les occasions solennelles, comme taisaient te parlement' et les autres cours supérieures.
(!i) Ce monarque, donl l'aine aux grandes qualités
Joint un goùl délient des savantes beautés,
Quelque chose est venu de lui dans celle hardiesse réglée, dans celle parfaite mesure de force et de grâce, de raison et d'imagination, qui est le caractère des chefs-d'œuvre de la seconde moitié du xvii' siècle (1).
Le même règne qui mil le sceau à l'unité politique, et porta presque à son entier développement l'unité administrative, a posé les fondements de ce qu'on peut nommer l'unité morale de la France. Du rapprochement di s dusses et des professions diverses, des rencontres multipliées de la noblesse et de la bourgeoisie dans les hautes régions du pouvoir, de la fortune et du monde, il se forma, sous Louis XIV, non plus pour l'intimité de quelques salons, mais pour le commerce de la vie, uoe société mixte, la véritable société française, modelée sur un même type de politesse et de bon goût. Là vinrent se fondre et se tempérer, sous la règle des convenances, les habitudes héréditaires, les mœurs traditionnelles, les traits caractéristiques, provenant pour chacun de son origine ou de son état. Nobles el roturiers, gens d'épée et gens de robe, lettrés et commerçants, cessèrent d'être distingués au premier abord par le contraste des manières (2). Une teinle d'urbanité répandue sur toutes les conditions, des secours de tout genre offerts au
Qui, séparant le bon d'avec son apparence.
Décide sans erreur, et loue avec prudence.
(Molièbb, Poème du Val-de-Gràce.)
(t) Voyez VBittoirt de la littérature fratiçaite, par M. D. Nisard, 1. Il, cbup. vit; et YHittoire de France de M. Henri Martin, t. XV, p. 33 et suiv.
(3) Tous les différents étals de ta tic étaient auparavant recon Haïssables par les défauts qui les curaelérisaient. Les militaires cl les jeunes gens qui se destinaient a la profession des armes avaient une vivacité emportée, les gens de justice une gravité rebutante, a quoi ne contribuait pas peu l'usage d'aller toujours en robe, même & la cour. Il en «lait de même des universités el des médecins. Les marchands portaient encore de petites robes lorsqu'ils s'assemblaient el qu'ils allaient cbei les ministres ,- et les plus grands commerçants éluient alors des hommes grossiers. Nui- les maisons, les spectacles , les promenades publiques, où l'on commençai! a se rassembler pour goillcr une vie plus douce, rendirent peu a peu l'extérieur de luus les citoyens presque semblable. On s'aperçoit aujourd'hui, jusque dans le fond