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LES MYSTÈRES PATRIOTIQUES

A la même époque, on assiste à des représentations identiques sur différents points du territoire, entre autres à Dieppe, où, sous le nom de Mitouries de la mi-août, on célèbre annuellement la glorieuse délivrance de cette cité, qui eut lieu en 1 4 4 ^ • Pendant deux siècles, en mémoire de ce fait d'armes, eut lieu, dans l'église Saint-Jacques, une cérémonie moitié religieuse, moitié dramatique, consistant en une pantomime jouée par des prêtres ou des laïques qu'accompagnaient des marionnettes mises en mouvement par des fils ou des ressorts1.

Le même fait d'armes est célébré à Paris à l'entrée de Louis XI, sur le parcours royal où l'on a élevé un tbéàtre représentant la prise de la bastille de Dieppe2. « Quand le roi passa, dit Jean de Troyes7', il se livra merveilleux assaut des gens du roi à l'encontre des Anglais estant dedans ladicte Bastille, qui furent prins et gaignez et eurent tous les gorges couppées. » On ne sait, dit un historien de Paris, si, étant donnée la barbarie du temps, la boucberie ne fut que figurée ou si elle eut lieu sérieusement*.

C'est surtout en octobre i453, à la nouvelle de la délivrance de la Guyenne, occupée par les Anglais, qu'éclate un entbousiasme général qui se traduit, sur les points les plus différents, par des spectacles patriotiques.

A Compiègne, chaque année, le 25 octobre, à la Saint-Crépin, les habitants organisaient des processions pour célébrer la délivrance de la ville assiégée par les Bourguignons : on jouait, à celte occasion, des Mystères dont le sujet était emprunté à l'histoire de France; mais, à partir de la défaite générale des Anglais, on joua dans ces cérémonies la Déconfiture de Talabot advenue en Bordelais, qui faisait allusion à la sanglante bataille gagnée par les Français sur les Anglais, sous les murs de Castillon8.

En Poitou, le connétable de Richmond solde les dépenses des fêtes célébrées à l'occasion de l'expulsion définitive des bandes anglaises". A Abbe ville, on célèbre par des représentations la mort de Talbot,

I. Pelit de Julleville, op. cit., t. II, p. ig3. Magnin, Histoire des marionnettes au théâtre, p. 1 iS. ■». Georges Cliastelain, Œuvres complètes, i863, édit. Kervyn de Lettenhove, t. IV, p. 79.

3. Chroniques de Jean de Troyes, publiées par Miclinud et Poujoulat dans la collection des Mémoires pour servir à l'histoire de France, p. 249 et ï5o.

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