Dulaure, Histoire de Paris, Furne, 1837, t. lit, p. 9.J
5. Notice sur les Mystères représentés à Compiègne au moyen âge, par Alexandre Sorel, Compiègne, Edler, 1873, p. i3 et suiv.
G. Fillpn et Rochebrune, Poitou et Vendée, Fonlenay-le-Comte, 1861, ]). 34.
LES MYSTÈRES DIALOGUES
en r.4531. A Troyes, en i45i et en i453, on organise des processions ou des fêtes à spectacles en l'honneur du départ de l'étranger. On représente même une moralité à personnages se rapportant aux défaites infligées aux Anglais en Guyenne5.
Quarante ans plus tard, ce souvenir de l'occupation anglaise restera vivant dans toute la France, et a Vienne, en Dauphiné, lorsqu'on recevra Charles VIN, on représentera devant lui, entre autres spectacles, le Léopard anglais jaloux et perfide dompté par des Français*.
A Paris, au xvne et au xviue siècle, on faisait encore annuellement une procession en souvenir de la réduction de la ville sous Charles VII*.
Il ne s'agit pas là, dans ces différentes manifestations, de la commémoration d'un exploit local ou particulier à une ville et à une province, et célébré uniquement dans la contrée qui s'en glorifie. Il y a un mouvement général de l'opinion, unanime chez tous les Français, d'un bout à l'autre du pays. On célèbre à Compiègne, dans le nord, la victoire de Castillon remportée au midi; à Troyes, on fête la délivrance d'une province du sud-ouest. A Paris, en représentant la délivrance de la bastille de Dieppe, on se réjouit d'un fait d'armes glorieux pour le nord du pays. L'Anglais a quitté le sol de la France : l'allégresse est partout; le sentiment de la patrie est dans tous les cœurs.
C'est une preuve irréfutable que, déjà au xve siècle, les Français se considéraient comme membres d'une même famille, unis par les mêmes intérêts moraux, sociaux et politiques, surtout par l'amour d'un sol dont la moindre parcelle semble être le patrimoine commun. De toutes parts on voulait la délivrance du territoire, et l'on y concourait même des campagnes les plus éloignées du pays conquis et du théâtre de la guerre, sans être divisé par des rivalités de province à province, de ville à ville; on sentait que la présence des Anglais sur un point quelconque de la France était une atteinte portée à l'honneur de tous les citoyens et l'on fêtait avec allégresse chaque nouvelle étape de leur retraite.
N'est-ce pas là la meilleure réponse à donner à cette école qui voudrait faire dater de 1789 l'éclosion du patriotisme dans notre pays?
1. Louandre, Histoire ancienne et moderne d Alibevillc , 1 8 4 5 , t. I, p. 3 i 8.
2. Boutiot, Histoire de la ville de Troyes, 1873, t. III, p. 66.
3. Pilot, Entrée et séjour de Charles flll à Vienne en l4<)(>. (Extrait du Bulletin de la Société de statistiaue de Grenoble, avril i85l.)
4. Archives Nationales, K iooi-ioo5, et Mystère de l' Incarnation et Nativité de Jésus-Christ , publie par Pierre le Verdier, Rouen, 1886, Introduction, pass'tm.