Rudolph Gênée, op. cit., p
LE THEATRE A L'ETRANGER
Cel amour du théâtre fut bien vite exploité en Allemagne par les pratiques (ils d'Albion : en 1392, alors que Shakespeare jouit de toute sa vogue, des troupes de comédiens anglais débarquent dans le Nord et parcourent l'Allemagne en tous sens. Elles jouent les chefs-d'œuvre du grand dramaturge anglais, entremêlés d'intermèdes, de clowneries, de farces et de morceaux de musique chantés par des chœurs avec accompagnement d'orchestre.
Sous l'influence de ces nouveaux venus, les mœurs théâtrales se transforment. Jusqu'alors les corporations ou les confréries qui donnaient des représentations étaient sédentaires. A partir de l'arrivée des Anglais, les troupes dramatiques deviennent nomades et voyagent sur les grandes roules, traînant avec elles leurs bagages et leurs accessoires les plus indispensables.
Lorsqu'elles arrivent dans une ville, elles se présentent d'abord à la municipalité pour obtenir le droit de séjour cl de représentation : car dans aucune cité allemande on ne laisse séjourner des bandes d'étrangers sans autorisation. La municipalité ne refuse presque jamais; elle fixe ellemême, après entente préalable avec les comédiens, le prix des places, et elle exige toujours une rétribution pour l'hôpital ou pour la caisse municipale1. De i654 à iGj^, l'empereur Léopold L" reçoit à sa cour une troupe de comédiens, qui jouent devant lui et dont il exige, à chaque représentation, un don pour l'hôpital de Vienne2.
Le droit des pauvres, en Allemagne, semble donc avoir été primitivement une taxe de séjour imposée par les municipalités à des bateleurs étrangers, et exigée ensuite partout où il y avait des tréteaux et des acteurs.
Lue fois autorisées à jouer, les troupes demandent le local qui leur convient le mieux : quelquefois c'est une salle du Rathhaus, ou bien la place publique, ou encore, si la ville est convertie au protestantisme, un couvent abandonné; dans certains cas on préfère même une cour ou une chambre d'auberge3. Les acteurs établissent sommairement une scène suivant les dispositions en usage dans leur pays, c'est-à-dire a\ec un proscénium assez large, et dans le fond une seconde scène plus petite qui se ferme à volonté par un rideau*.
1. W. Creizenach, Tkeater der engllschen Comôdianten. Berlin ot Stuttgard, passlm.
■>.. Franz Gilardoue, Xiim Brand des komîschen Opers in Paris. 1887, p. <%■