Rudolph Gênée <>/>. cit
LE THEATRE A L'ÉTRANGER
l'attrait principal qu'il promet aux habitants, comme une chose extraordinaire, est la présence de plusieurs actrices1.
Parmi les premières comédiennes, qui étaient toutes Italiennes, il faut citer Isabelle Barbarolla, qui par son talent et sa beauté a laissé un nom populaire dans un grand nombre de villes d'Allemagne*. Avant elle, un acteur du nom de Thomas avait acquis une réputation non moins considérable en tenant les rôles de femmes5, dont il portail les costumes avec désinvolture. A l'acteur Joliannes Veltcn revient le mérite d'avoir définitivement introduit les femmes sur la scène allemande, en même temps qu'il traduisait les pièces de Molière. En [686, sa troupe renfermait trois actrices : sa femme, sa sœur et une étrangère nommée Sarah von Bosberg. En 1690, il a en plus sa fdle et deux actrices de profession nommées Richter et Mœller*. Veltcn substitue aussi à la niche de fond de la scène, d'origine anglaise, une scène spacieuse, de forme rectangulaire, avec rideau, comme les Italiens l'ont depuis deux siècles et les français depuis cent ans au moins. En 1680, à Hambourg, la municipalité ne concède à Veltcn le droit déjouer qu'à la condition qu'il représentera un drame religieux : ce qui prouve que dans la deuxième moitié du xyile siècle on était encore adonné sans doute aux représentations de Mystères dans certains centres luthériens de l'Allemagne. Dans cette même ville de Hambourg, une société d'hommes dislingues, ayant construit en 1 ( "> 7 8 un théâtre lyrique, fut obligée, afin d'éviter toute difficulté de la part des pasteurs protestants, de donner comme pièce d'ouvérture un drame biblique intitulé VHomme créé, déchu et réhabilité* .
Les troupes anglaises, en parcourant l'Allemagne en tous sens, n'avaient pas été sans influence sur la formation d'acteurs allemands. Ceux-ci se mêlèrent d'abord aux acteurs anglais et s'introduisirent même en tel nombre dans certaines troupes, que plusieurs d'entre elles, d'anglaises qu'elles étaient à leur naissance, se virent un beau jour entièrement allemandes. Ainsi étaient-elles déjà au début de la
1. Cari Heine, Joliannes Trclten, Zusatz der Ges chic file des deutschen Theaters im xvn'" Jahrhnndert. Halle, 1887.
•>.. Robert Prôls, Geschichte des neueren Drainas, Leipzig, i88o-i883, p. 197, cl Ida Bnining, le Théâtre en Allemagne, Paris, 1887, passim. 3. W. Greizenach, <>p. cit., préfacé, passim. 4 Cari Heine, op. cit., p. 41.
5. Gaedertz, Dus plattdeutsche Theater uiid die plattdeutsche Komôdie im xix.,0B Jahrhundert. Berlin, 188 j, |>. 7y.
LE THEATRE EN ALLEMAGNE. a8i
guerre de Trente Ans, malgré le nom de troupes anglaises qu'elles portaient encore en raison de leur origine.
Arrêté par La guerre, le développement du théâtre reprit après la paix de Westphalie, surtout au moment où Louis XIV prenait en mains les rênes du gouvernement, et cette fois l'influence française régna sans rivale. La scène allemande, pendant plus d'un siècle, suivit les errements de notre pays. On joua partout les comédies de Molière, de Regnard, de Destouches, avec les costumes du temps, les lourdes perruques et les hauts tuions de la cour de Versailles. La dernière application des principes scéniques anglais a lieu dans une pièce de Johann Prist qui représente, en 1647, V Allemagne souhaitant la paix; elle est figurée par une jeune reine reposant sur la seconde scène du fond. A certains moments on tire le rideau qui la cache aux yeux des spectateurs, tandis que sur l'avant-scène d'autres acteurs continuent la pièce1.
Des historiens de la littérature allemande affirment qu'en 1 538 le recteur de l'université de Strasbourg, le pasteur Sturm, avait fait construire un théâtre clos et couvert2, et qu'en i55o Nuremberg et Augsbourg en possédaient chacun un3. Mais aucune des récentes éludes publiées sur cette question ne confirme cette assertion. 11 paraît plus vraisemblable de croire que les jésuites ont été les premiers à construire dans leurs collèges des salles avec scènes pour les exercices de déclamation qu'ils faisaient exécuter à leurs disciples dans l'Allemagne centrale; mais on sait d'une façon positive qu'en i >Qi, des comédiens anglais édifièrent pour leur propre usage à Wolfenbuttel un théâtre, sur lequel d'ailleurs nous n'avons aucun renseignement4. A certains moments, des troupes anglaises, enrichies par leur succès, construisent aussi des théâtres en bois sur le modèle du Swan ou du Globe, avec des toitures de pourtour en chaume; à la longue, ces cirques improvisés se couvrent de vélums et bientôt amènent la construction de bâtiments permanents clos et couverts. Les princes allemands amateurs de théâtre disposèrent pour y donner des représentations des salles dans leurs châteaux, comme le prince Jean de Brande-