CHAPITRE IV
LE THEATRE EN SUISSE
Au premier abord, il semblerait que le théâtre suisse n'a dû avoir aucun caractère particulier et que, suivant la situation géographique des cantons, il a ressemblé à celui de l'Allemagne, de l'Italie ou de la France. Il n'en n'est rien, et, chez ce peuple positif et laborieux, l'histoire du théâtre offre des particularités et des détails que l'on ne trouve nulle part ailleurs. Au point de vue matériel, d'abord, en aucun pays on ne verra le côté administratif du théâtre s'organiser avec autant de précision que dans les Cantons. A ce titre seul, il eût été intéressant de suivre les chroniques municipales des villes pour y étudier leur réglementation dramatique.
Comme dans toute l'Europe, les Mystères avaient eu un grand succès en Suisse, et, sans rappeler les nombreuses représentations signalées par les historiens ou indiquées dans les comptes communaux, on peut mentionner le Mystère de la Passion joué à Berne en 1461 et pour lequel la ville dut héberger, tant que dura le spectacle, des habitants des cantons les plus éloignés, tels que ceux de Bâle, Schwilz, Genève et même des Grisons, qui étaient accourus en foule1.
Avec la Réforme, le théâtre devient en Suisse, plus que partout ailleurs, un moyen de propagande. On joue à Genève, par exemple, des Moralités satiriques contre le pape en i523, et le duc de Savoie, qui est dans La ville, refuse d'y assister, parce que la représentation est une « manifestation des huguenots* ». A Berne surtout, sous la direction de Nïclaus Manuel, ce courant dramatique s'accentue. En i >22, cet auteur fait jouer par des amateurs de la bourgeoisie une comédie intitulée : le Mangeur de morts*, et l'année suivante une autre pièce qui
1. Armand Streit, Geschichte des bernisehen Duhnenwesens. Berne, 1873-187 \, p. <j5.