Karl Scholl, Pas Tlteater in Zurich. Zurich, i85-, p
LE THÉÂTRE EN SUISSE
a pour titre : la Grande Différence entre le Pape et Noire-Seigneur Jésus-Ckrist. Le spectacle est solennel; il a été préparé de longue date, et l'on y déploie un grand luxe de mise en scène. Le théâtre représente une rue de Berne. Sur l'un des bas côtés défde le pape vêtu de ses ornements pontificaux les plus riches, une mitre d'or sur la tète. Derrière lui viennent des cardinaux et des chevaliers richement habillés et montés sur des chevaux luxueusement caparaçonnés. Sur le bas côté opposé se trouve Jésus-Christ, avec sa couronne d'épines, vêtu comme un pauvre, entouré des apôtres, d'une foule de mendiants, d'aveugles et d'estropiés représentant les déshérités de la vie. Au centre de la rue, entre les deux cortèges se tiennent les personnages dont la conversation constitue la pièce1.
On ne s'attendrait guère à voir pareil réalisme au commencement du xvie siècle dans un canton de la Suisse, et MM. de Goncourt, qui ont cru pousser aussi loin que possible le naturalisme au théâtre en figurant sur la scène, dans le premier, 'acte d'Henriette Maréchal, un bal de l'Opéra, n'avaient cependant pas trouvé quelque chose de plus saisissant et de plus naturel que le spectacle pourtant si ordinaire de la richesse côtoyée par la pauvreté.
La mode des pièces satiriques du commencement de la Réforme ne fut pas de longue durée; elles semblent avoir disparu à la fin du \vie siècle2.
Alors, comme en France, les collèges s'adonnent au théâtre; étudiants, professeurs, recteurs, tous paraissent sur la scène, et les habitants de la cité sont invités aux représentations. A côté des confréries, les corporations industrielles se livrent aussi aux exercices scéniques, et il n'est pas de bourg où au moment du Carnaval on ne donne une pièce quelconque. Le genre religieux domine toujours. De toutes ces pièces, celle qui fut représentée à Zurich en 1029 et dont le sujet était V Homme riche et Lazare le pauvre parait avoir eu le plus grand succès. De i54o à tGG3, on ne la représenta pas moins de neuf fois3. Ces représentations sont fort simples, soit qu'elles aient lieu dans une salle quelconque ou sur une place publique, et la mise en scène est primitive. Lorsqu'on joue la Chaste Suzanne, on se sert du puits qui est sur la place comme d'une piscine, dans laquelle la jeune femme se baigne aux yeux de tous*.