‹ Essai sur l'histoire du théâtreChapitre 107 sur 322 · Armand Streit, op. cit., p · texte numérisé non relu

Armand Streit, op. cit., p

LE THEATRE \ L'ÉTRANGER

Au commencement du xvnc siècle, en 1612, l'une des bandes anglaises qui parcourent l'Allemagne arrive jusqu'à Berne. Les pièces shakespeariennes qu'elle donne ont du succès, mais ne laissent sur le théâtre suisse aucune trace, ni au point de vue littéraire, ni au point de vue matériel1. Les succès des Anglais amènent d'antres troupes étrangères : successivement des Hollandais, des Ulemands, viennent jouer, et il ne semble pas qu'il y ail eu encore des troupes nomades composées de Suisses2. Aussi les municipalités agissent-elles avec méfiance vis-à-vis des comédiens. Ce n'est vraisemblablement pas seulement parce qu'ils sont étrangers, mais ces bandes, au milieu des populations bourgeoises et simples de la Suisse, ont l'air de bandes de brigands, cl, à vrai dire, elles ne doivent pas être composées de personnages d'une moralité à toute épreuve. Lorsque, vers le milieu du siècle, apparaissent les premières actrices, on les redoute plus que les hommes, et les chroniqueurs nous disent qu'en fait de pudeur, leurs joues ne se coloraient que du fard dont elles, se peignaient3. Du reste, les mêmes auteurs racontent combien étaient misérables les bardes des malheureux qui jouaient de village en village. Les femmes n'ont pas de bas dans leurs souliers, les larges manchettes et les collerettes du temps de Louis XIII et de Louis XIV sont, faites en papier découpé sur lequel les dessins de la dentelle sont reproduits à l'encre.

Un peu plus tard, une danseuse française ayant obtenu un succès de beauté considérable à Berne, resta dans la ville après le départ de ses compagnons, retenue sans doute par quelque intrigue amoureuse. Aussitôt, la municipalité s'inquiète; le bourgmestre la fait comparaître, lui donne l'argent qu'il faut pour son voyage, mais tient absolument à ce qu'elle ne séjourne pas plus longtemps dans la ville, de crainte qu'elle n'y trouble les cœurs et les ménages1.

Au XVIIe siècle, il n'y a encore nulle part un théâtre. On joue' dans les salles de jeux de paume ou dans divers antres locaux, qu'on approprie pour la circonstance. Dans chaque ville, les municipalités oui rédige des règlements relatifs an théâtre. Les troupes ne peuvenl séjourner que pendant un temps détermine, qui varie suivant les époques. S'il

1. Rculiug, Dus Komische in den bedeutendsten Drnmen bis im xvn*'" Jahrhundert. Sltittgard, 1890, p. 67.

a. Reinold Ruegg, Dlàtler sur Feier des funfzig-jahriscn Jubilàums des lurcher Statdtheatcrs Zurich, 1884.

Page 1