Damas -HinarcL, loeo citalo
3. A. de Puibttsque, Histoire des littératures espagnole et française. Paris 18 |3, t. T, p. 216. Des dispositions identiques se retrouvaient sur les scènes des petites villes, même les plus
pauvres. Un historien du théâtre espagnol nous en fait le tableau suivant : « Le théâtre était exhaussé d'un pied et demi au-dessus du sol, formé de quatre lianes placés en carré et recouverts de quelques planches mal jointes; une couverture déchirée suspendue vers le fond figurait la perspective et cachait les travestissements; les musiciens se tenaient derrière et chantaient des romances avec des guitares qui avaient rarement toutes leurs cordes. Outre les fenêtres <pii donnaient sur la scène et qu'on louait comme des loges, un auvent abritait le pourtour (le la cour et en faisait une sorte de galerie réservée où les femmes étaient séparées des hommes; le milieu de l'enceinte était à ciel ouvert, et c'est dans ce parterre que se pressaient les gens du bas peuple .., les mosqueteros, »
LE THÉÂTRE EN ESPAGNE
Quant à l'éclairage, il est encore inutile : les représentations commençaient à deux heures de l'après-midi.
Séville et Valence avaient probablement précédé Madrid dans la création de théâtres. Dès le commencement du xvie siècle, ces deux villes durent posséder des corrals plus perfectionnés que ceux de la capitale. Cependant, à celte époque, la scène dans chacune de ces villes n'était point encore couverte, et lorsque survenait le mauvais temps il fallait cesser les représentations.
Dans presque tous les spectacles espagnols la musique jouait un rôle: il y avait un orchestre et des chœurs. Jusqu'à la lin du xvie siècle, on les cachait au public; depuis, on fait apparaître les chœurs sur la scène même, et l'orchestre est dans un endroit réserve'1. D'ailleurs, contrairement aux usages anglais, allemands et français, il était rigoureusement interdit au public de pénétrer sur la scène, comme aussi aux spectateurs de retenir des places dans la salle pour ceux de leurs amis qui arrivaient en retard*.
Une habitude bizarre s'était introduite, on ne sait pourquoi, dans les mœurs théâtrales de l'Espagne : un acteur ne paraissait sur la scène qu'avec une fausse barbe. Cette coutume disparut seulement vers l'année 1600. Dès lors, les acteurs ne portèrent cet attribut que lorsque leurs rôles l'exigèrent.
Il est encore d'usage à la même époque, que, lorsqu'une pièce a du succès, l'auteur vienne à la sortie du spectacle recevoir les félicitations des spectateurs. Enfin, c'est à un dramaturge espagnol du xvie siècle, Cosme d'Oviedo, que l'on doit l'emploi des premières affiches de théâtre imprimées, qui se substituent aux cavalcades et aux boniments du moyen âge et dont l'usage prend de suite, à partir du xvic siècle, un grand développement et devient universel au temps de Louis XIV.
Les femmes semblent avoir fait leur apparition sur les scènes espagnoles presque en même temps que sur les théâtres italiens, c'est-à-dire à la fin du xvie siècle, et par conséquent avant qu'il n'y eût des actrices en France. Il est même certain qu'au commencement du xvne siècle un certain nombre de rôles d'hommes étaient tenus par des femmes qui abandonnaient le costume de leur sexe, entre autres celui du chevalier Amadis, qui parait souvent à la scène2. Mais cet usage dut cesser au
1. Morcl Fatio. Article sur Çalderon extrait de la Revue ciitiqui, Paris, 1881. '>,, Ticknor, op. cil,, t. I, ]>. 407, d'après Traiado tic comedîas de l'isbe y Vidal.
LE THEATRE \ L'ÉTRANGER
commencement du xvnr siècle, car le règlement de 1G08 l'interdit absolument1.
Jusqu'en [620, l'étiquette espagnole avait défendu aux rois l'accès des théâtres. Philippe IV, fort amoureux de ce genre de plaisir, n'osa pas rompre directement avec l'antique tradition, mais il fit établir dans son palais du Buen Retiro, près de Madrid, un théâtre dont il restreignit l'usage aux personnes de son choix. Ce fut la première véritable salle de spectacle en Espagne. Construite suivant les principes italiens, elle était recouverte d'un toit et close de toutes parts. En raison de sa destination, l'emplacement consacré aux spectateurs était fort restreint; la scène, au contraire, était de proportions considérables et disposée en vue d'un déploiement immense de machines et de trucs; le fond s'ouvrait sur les jardins de la demeure royale, produisant ainsi aux yeux des assistants l'effet d'un paysage naturel : dans l'esprit du roi, cette trouée était destinée à faire voir de la salle des évolutions de troupes qui se faisaient dans le parc8.
De même que Mazarin avait fait venir Torelli et Vigarani en France, Philippe IV appelait en Espagne Cosme Loti, qui trouve moyen de représenter sur son théâtre des éruptions de volcans, des tremblements de terre, des tempêtes et des naufrages, des palais somptueux, des villes entières, l'Olympe rempli de dieux, l'Enfer avec ses supplices, la chute de Phaéton, la chevauchée de Pégase, et mille autres spectacles aussi merveilleux.
D'abord, à l'occasion de l'anniversaire de sa naissance en 1G23, le roi fait élever dans les jardins du palais d'Aranjuez un théâtre de circonstance, comme Louis XIV en construira plus tard à Versailles. Exécutée par l'architecte italien Fontana, la salle était décorée tout autour d une suite d'arcades, supportées par des pilastres à chapiteaux recouverts d'or; elle était éclairée par soixante-dix énormes flambeaux portant des cierges.
Fa scène avait la même disposition que les scènes italiennes du xvic siècle. A en croire les descriptions assez vantardes des nouvellistes espagnols, jamais on n'aurait vu pareil déploiement de luxe. Ce théâtre était destiné à une pièce dont le sujet était la fable de Circé.
1. '\ oir l'article sur Càlderon par Morel Fàtio extrait de la Revue critique. Paris, 1881. Dans cet article sont reproduites trois affiches de règlement datant du xvuc siècle, d'après les originaux provenant des Mélanges de Colbert, dép. des manuscrits, Bibliothèque nationale.
2. J. Von Schack, Histoire de la littérature et de l'art dramatique en Espagne. Berlin, 1846, a vol. in-8, t. Il, p. 5. Voir aussi le Journal du voyage en Espagne du conseiller liertaud. Paris, if>('>;). p. 35, el la Relation du vojage <( Espagne de la comtesse d'Aulnoye. La Haye,iGy'3,|>. G et 10.
LE THEATRE EN ESPAGNE
En i64<>, le roi établit au milieu d'un étang du château du Buen Retiro une scène sur laquelle devait être donné un spectacle dont on aurait joui des bords de l'étang. La représentation commença; mais, par suite d'un accident, la scène, ses machines et ses décors s'effondrèrent tout d'un coup dans les eaux.
Au commencement du xvme siècle seulement, et toujours par le fait des Italiens, on établit à Madrid, à l'usage du public, un véritable théâtre, de forme rectangulaire, arrondi à ses extrémités et construit suivant les principes français de l'époque.
Tributaire, comme la France au xvie siècle, de l'Italie, l'Espagne, au xvme, après être restée longtemps stationnaire, ne prend plus pour modèle que sa voisine d'au delà des Pyrénées. Mais on doit reconnaître qu'au xvne siècle elle avait donné des fêtes royales qui durent certainement inspirer jusqu'à un certain point les spectacles grandioses dont Versailles fut le théâtre au milieu de ce même siècle.
En avance par sa mise en scène comme par sa littérature sur le théâtre français, l'Espagne ne conserve pas longtemps cette prépondérance. Si Lope de Vega est antérieur à Corneille et si le théâtre de Philippe IV a existé avant la salle des Machines aux Tuileries, à la fin du siècle Racine et Molière laissent bien loin derrière eux les comédies et les drames espagnols. A cette époque aussi la mise en scène des théâtres de Versailles est bien supérieure à celle des Espagnols, et nos compatriotes qui voyagent au delà des Pyrérées trouvent bien enfantins les trucs et les décorations des théâtres madrilènes.