LE THEATRE DANS LES PA\S DU NORD
Dans l'histoire de la littérature, sa lettre est le* texte le plus ancien traitant de l'existence d'un théâtre profane et laïque, monté sur une scène régulière et dans une salle spécialement construite pour les représentations. Le même étonnement se retrouve dans les lettres de l'ambassadeur Potemkin, qui, en 1668, voit au théâtre du Palais-Royal X Amphitryon de Molière'.
Le premier théâtre russe s'installa dans le palais des tsars, à Preobrajerisky, à la fin du xvnc siècle. Il fut construit suivant la méthode française de iG'jo, avec un rideau glissant de chaque côté de la scène. Il ne l'enfermait point de loges, mais simplement des sièges comme les salles royales du temps de Catherine de Médicis : le tsar y était sur un fauteuil au premier plan, et derrière lui s'asseyaient sur des banquettes les personnages de la cour. Les représentations avaient lieu le soir, et l'éclairage se composait de chandeliers de bois portant de nombreux cierges. Il n'y avait qu'une seule loge, grillée de telle façon que l'on pouvait voir tout ce qui se passait dans la salle sans en être vu. C'est là que venait la tsarine quand elle désirait assister au spectacle. On joua sur cette scène presque en même temps qu'en France la pièce (XEsther de Racine2.
Les grands seigneurs qui assistaient aux représentations à la cour du tsar, voulant jouir chez eux de ce même agrément, organisèrent, soit dans leurs palais de Pétersbourg ou de Moscou, soit dans leurs grandes maisons de campagne des steppes russes, des salles primitives de spectacle, pour lesquelles ils transformaient à coups de knout les serfs en acteurs. Quelques-uns de ces acteurs improvisés déployèrent un certain talent; ils n'en restèrent pas moins esclaves, et l'on en vit parfois
nuages se mettent à descendre avec les hommes, et ils enlèvent un homme de terre par les bras et l'emportent au ciel, et les gens qui étaient sur les poissons s'enlèvent aussi au ciel. Alors descendit du ciel sur un nuage un homme assis sur un char et en face de lui sur un autre char une belle jeune fille, et les coursiers des chars étaient comme vivants et leurs jambes remuaient. Et daus un autre changement on vit dans la chambre un champ plein d'ossements humains, et des corbeaux arrivèrent et commencèrent à becqueter les ossements. Puis la mer apparut dans la chambre, et sur cette mer des petits bateaux, et dans ces bateaux des gens qui naviguent. Et après un autre changement apparurent cinquante hommes revêtus d'armures, et ils commencèrent à se battre avec des sabres et des épées, et ils tiraient des arquebuses, et ils firent semblant de tuer trois hommes. Alors de superbes jeunes gens et des jeunes filles toutes vêtues d'or sortent de derrière la toile et dansent; et ils font beaucoup de choses étranges. Alors sort un petitjeune nomme qui demande à manger, et on lui donne beaucoup de pain, et il n'arrive pas à se rassasier. » Voir Louis Léger, Russes et Slaves. Paris, iSoo, p. 180.
r. Alexis Wesselofsky, Deutsche Eiujlusse uuf das altc Russische Theaïcr. Prag, I S^G, ]). 10.
■->.. Voir Honegger, Russische L'iteratur und Ctiltur, Leipzig, 1880, et Reinholdt, Gcschichte (1er Russischen Lileralur, Leipzig.
2gG LE THEATRE A [/ÉTRANGER.
d'écorchés toul vifs par leurs maîtres pour n'avoir pas mis assez d'ardeur et d'enthousiasme à déclamer le rôle de Brut us, apôtre de la liberté, ou à débiter de virulentes tirades contre l'esclavage1!
Mais la Russie n'eut guère de véritable théâtre public qu'au xvme siècle. C'est au célèbre auteur dramatique Volkov qu'il faut en attribuer la création. 11 établit un théâtre à Jaroslaw, dans une grange encore très rudimentairement aménagée. Lui-même avait été l'architecte, le décorateur, le machiniste de son spectacle, qui acquit rapidement une grande célébrité et fut ainsi le précurseur des nombreux et somptueux théâtres que compte aujourd'hui la Russie*.
En Scandinavie, le théâtre était moins avancé. Cependant, dès le commencement du xvie siècle, on y joue des pièces religieuses. Pendant tout le xvie siècle, et jusqu'au milieu du xvne, on continue à demander à l'Ancien Testament des comédies et des tragi-comédies8. A cette époque, ce sont des acteurs anglais qui jouent à la cour de Danemark comme en Allemagne. L'un d'eux, nommé Kemp, qui pendant quelque temps avait été le clown de la troupe de Shakespeare, a laissé une certaine réputation*.
Au xvne siècle, à la suite de l'alliance française conclue pendant la guerre de Trente Ans, des ballets imités de ceux de France s'introduisent à la cour de Stockholm5. Mais il ne semble pas qu'en dehors du théâtre populaire, assez pauvre d'ailleurs, il y ait eu au moyen âge et au xvie siècle une littérature dramatique purement Scandinave.
Après avoir passé en revue l'état du théâtre dans les diverses contrées de l'Europe, nous pouvons conclure que jusqu'au milieu du xvie siècle il n'y eut pas de constructions théâtrales closes et permanentes; les spectacles se donnaient en plein air ou dans des salles de fêtes, ou bien encore sur des échafaudages éphémères édifiés sans règles architecturales et sans décorations, et dont la disposition dépendait des nécessités de la représentation et de l'auditoire.
A l'époque où nous sommes parvenus, l'Italie rompt avec ces errements et construit des théâtres copiés de toutes pièces sur ceux de