Petit de Julleville, op. ci/., t. I, p. i
2. Voir le Mystère du Vieil Testament, publié par M. .1. de Rothschild dans la Collection des anciens textes.
3. Voir Albert Réville, Revue des Deux Mondes, article du i" juillet 1 868. Voir aussi pour l'élévation du Paradis : Ulysse Chevallier, Mystères des trois Doms, déjà cité, p. ai.
4. Voir le Catalogue de V Exposition théâtrale de 1878, par M. Nuittcr. Le manuscrit du Mystère de Valenciennes existe en trois copies. Bibliothèque nationale, fonds fr., n° la 536; Bibliothèque de Valenciennes, n° 527, et Collection de la marquise de la Coste. Ces trois manuscrits sont un peu différents les uns des autres. Celui de la marquise de la Coste est plus complet, et il renferme des indications de mise en scène qu'on ne trouve pas dans les autres. M. Nuitter les a copiées en 1878 et a bien voulu nous les communiquer; nous lui en adressons nos bien vifs remerciements. Ces manuscrits sont sans doute des copies que l'on remettait à tous les joueurs, ou
Martyre de sainte Apolline. (Miniature de Jehan Fouquet. Collection du duc d'Aumale.)
LA SCÈNE
restituée par les soins de M. Nuilter pour l'Exposition universelle de 1878', nous confirme ces dispositions générales des décors de la scène. Sur une estrade large de 5o mètres et profonde de 20, un pavillon ouvert, supporté par deux colonnes, représente la ville de Nazareth; un second pavillon renfermant un autel figure le temple; une muraille percée d'une porte derrière laquelle on aperçoit une ville représente Jérusalem; le palais d'Hérode laisse voir, par une ouverture, le roi assis sur son trône, au-devant de la scène; un bassin carré, avec un bateau, figure le lac de Tibériade; à droite, la gueule du dragon simule l'Enfer, et, au milieu du tout, se trouve le Paradis, où trône le Père éternel.
On jouait autant dans les bourgades et les villages que dans les grandes villes. Dans le bas Maine, on donne continuellement des représentations durant la fin du xve et le commencement du xvie siècle. Divers comptes nous initient à la construction d'échafauds champêtres où le Paradis et l'Enfer étaient des loges faites en feuillages. Dans tout l'Ouest, ces représentations rustiques sont nombreuses, et elles ont duré longtemps après la fin des Mystères, dans le Centre et au Nord, puisqu'on en trouve encore des vestiges dans le fond de la Bretagne2.
Comme de nos jours, la buvette était L'un des accessoires les plus utiles et les plus populaires de tout théâtre : c'était généralement sous les échafauds que s'établissaient les restaurants d'alors. Quelquefois, au contraire, les rafraîchissements s'étalaient au grand jour, et les femmes des acteurs ou des dames de la société les servaient aux amateurs3. A Troyes, on termina, à l'une des représentations du Mystère de l'Ancien Testament, la cérémonie des funérailles d'Adam par un repas auquel prirent part tous les acteurs1.
Les Mystères eurent aussi leur vogue en Allemagne, mais il semble que les écrivains d'outre-Rhin ont moins étudié le théâtre allemand du moyen âge que celui de notre pays. On ne connaît guère que la figuration du Mystère allemand déjà citée du manuscrit de Donauschingen ; encore est-elle du xvie siècle. Elle est accompagnée d'un texte expliquant la disposition de la scène : on y compte dix-huit mansions ou emplacements particuliers sur une scène de forme rectangulaire, et chacune de ces
tout au moins aux principaux d'entre eux et que l'ou décorait de miniatures. C'est un usage qui s'est renouvelé au xvii" siècle, comme nous le verrons. 1. Par MM. Gabin et Duvignaud.
?.. Revue archéologique du Maine, aunée 1889, t. XXVI, p. III.
j. Dou Morice, Mémoires pour servir de preuves à l'histoire de flretagne, Paris, 1 7 4 4 1 H, co'- 1 338 4. Bibliothèque de l'Ecole des chartes, t. III, année 1841 , p. 44$, article de M. Vallet de Viriville.
LES MYSTÈRES DRLOGUÉS.
constructions placées aux deux extrémités du rectangle laisse au milieu un espace vide, « un emplacement commun » (gemeinsame Burg), c'est-à-dire la scène où se fait le récitatif et où se représentent les principaux épisodes du drame'.
En 1889, la fameuse scène d'Oberammergau était encore disposée ainsi : au centre d'une immense estrade s'élevait un théâtre semblable au gemeinsame Burg du xvic siècle, tandis qu'aux deux extrémités de l'estrade en rectangle étaient de petites maisons figurant la demeure de Pilate et le palais d'Iîérode.
M. Robert Prôls2 définit aussi la scène des Mystères du moyen âge « un parloir commun » (ailgemeiner Sprechplatz) et se rapporte pour le détail de la disposition aux idées formulées par M. Paulin Paris et citées plus hautr'. Il conclut comme MM. Mone et Hase, que les théâtres des Mystères allemands avaient comme dispositions générales, outre un « parloir commun », des emplacements particuliers des deux côtés de la scène. Les emplacements étaient à plusieurs étages : à l'extrême gauche aurait été le Paradis; à l'extrême droite, l'Enfer. Toute l'étude de M. Prôls parait s'appuyer presque uniquement sur des documents ou travaux récents relatifs au théâtre français, qu'il ne semble appliquer au théâtre allemand que par analogie.
M. Mone4 a admis l'opinion que la scène en Allemagne était toujours entourée de toutes parts de spectateurs placés en amphithéâtre suivant le principe des cirques antiques, (l'est, à notre avis, un cas particulier, qu'il ne faut pas généraliser.
Tels sont les seuls documents positifs que nous ayons sur la disposition des scènes allemandes construites pour les représentations de Mystères. Mais pour avoir été moins fréquents qu'en France les Mystères allemands n'en eurent pas moins une importance considérable. En 1.^98, entre autres exemples, à Francfort, deux cent soixante-cinq personnages parurent sur la scène; en iji4, dans la même ville, il n'y a pas moins de six cents personnages, et au siècle suivant un Mystère joué à Lucerne compte encore trois cents personnages5. Au xvc siècle, les corporations
1. Voir Karl Hase, Das geistliche Schauspiel, Leipzig, 1 8 3 8, p. 34, passim.
2. Robert Prôls, Geschichte des neueren Drainas, Leipzig, i88o-i883, t. 1, p. iy3.