‹ Essai sur l'histoire du théâtreChapitre 186 sur 322 · Archives nationales, O1 28 r · texte numérisé non relu

Archives nationales, O1 28 r

•>.. Ibidem, et 2817.

[î. Mémoires, édit. Chérud, t. Xlf, p. 8r.

4. Dussieux, le Château de Versailles. Versailles 188 1 , t, I

LE THÉÂTRE AU XVIIe SIÈCLE

Le service du garde-meuble, que le spectacle ait lieu en plein air ou à l'intérieur du palais, est charge'1 des agencements et des constructions. Une demi-journée suffit pour monter un théâtre dans le fond d'une cour, ou une scène dans une salle; en une demi-journée également on remet tout en état. Un jour, en [G82, on préparait un théâtre en plein air, destiné à l'opéra de Persée. Le mauvais temps survint : tous les préparatifs commencés dans la cour furent immédiatement arrêtés, le tout fut reporté dans la salle du manège, et la représentation eut lieu le soir sans que rien y manquât, et sans que le souverain s'aperçût de l'incident1.

Le roi s'amusait au plus haut point â ces représentations; il y riait de bon cœur et applaudissait aux drôleries des acteurs. Ainsi, à une représentation de Monsieur de Pourceaugnac, Lulli, poursuivi par les apothicaires armés de leurs seringues, sauta, pour les éviter, au milieu de l'orchestre, et tomba sur un clavecin que, dans sa chute, il brisa en mille morceaux. La gravité du roi ne put tenir contre cette folie, et â cette occasion Sa Majesté combla son protégé de nouvelles faveurs. C'est peut-être à la suite de cette farce qu'il lui octroya des lettres de noblesse qui firent de l'ancien gâte-sauce un des secrétaires du roi2.

Ce n'était pas seulement chez le roi que se jouaient les pièces de théâtre. Andromaque fut représentée pour la première fois â Versailles dans l'appartement de la reine. Monsieur, frère du roi, Colbert, Letellier, le maréchal de Gramont, font aussi, à diverses reprises, venir Molière dans leurs hôtels. Le grand Condé fait jouer en iG63, en son hôtel â Paris, l' Impromptu de Versailles et la Critique de l'Ecole des femmes. Ce prince est un des plus grands admirateurs de Molière : il le conduit au Raincy chez la Palatine en 16G4 et en r665, et organise dans celte maison la représentation de la pièce alors prohibée de Tartufe. Il le mande â Chantilly, en 1668, où l'on joue encore Tartufe3.

Jusqu'en 1G70, Louis XIV ne manqua jamais de figurer dans les ballets de la cour; il danse devant ses courtisans, et quelquefois, même, comme tous paraissent avec lui sur la scène, il laisse entrer la foule et

1. Ludovic Celler, les Décors, les Costumes et la Mise en scène au xvnc siècle, déjà cité p. i54a. Ciseron-Rival, Récréations littéraires, p. 64 et G5. Molière, édit. Mesnard. Collection des

Grands Ecrivains, 1.. VU, p. aa6 et éio.

!. Quelque soin que nous avons mis à rechercher dans quelles conditions avaient eu lieu

ces représentations au lîaincy et .> Chantilly, nous n'avons pu trouver aucun détail intéressant.

LE THEATRE A LA COUR. 35o,

se donne en spectacle au peuple. Mais, si l'on en croit la légende, après avoir assisté aux représentations de Britannicus, frappé des quatre vers que prononce Narcisse :

Il excelle à conduire un char clans la carrière, A disputer des prix indignes de ses mains, A se donner lui-même en spectacle aux Romains, A venir prodiguer sa voix sur un théâtre...1.

il cessa de s'exhiber au théâtre.

A mesure, du reste, qu'il avance en âge, son goût pour la scène diminue, et lorsqu'il arrive à la vieillesse, les représentations n'ont plus guère lieu à Versailles que devant le grand dauphin, le duc de Bourgogne et les autres princes. C'est à ce moment que Mme de Maintenon demande à Racine des pièces tirées de l'Ecriture Sainte, et que pourront jouer les demoiselles de Saint-Cyr2.

Le poète donne d'abord Esther, qui fut représentée pour la première fois le 26 janvier devant le roi, le prince de Condé, le dauphin et quelques courtisans. Le théâtre avait été dressé dans le spacieux vestibule des dortoirs, qui se trouvait au second étage du grand escalier des demoiselles. Ce vestibule était partagé en deux parties, l'une pour la scène, qui communiquait avec un dortoir servant de coulisses, l'autre pour les spectateurs. Deux gradins s'adossaient aux murs latéraux, l'un pour le personnel enseignant, l'autre pour les élèves. Entre les deux gradins, on avait placé des sièges pour les invités. Mme de Maintenon avait commandé les décors à Bérain, le décorateur des spectacles de la cour; elle avait fait dessiner des habits à la persane pour les actrices, et avait mandé les musiciens du roi. La salle était éclairée par des lustres de cristal, l'escalier par des bougies3.

Le succès fut tel, que, le 29 janvier, eut lieu une deuxième représentation bientôt suivie d'un grand nombre d'autres, auxquelles assistèrent non seulement toute la cour, mais tout ce que le royaume comptait alors d'hommes illustres dans les arts, les lettres et la politique; elles ne cessèrent que par suite du deuil de la cour, causé par la mort subite de la reine d'Espagne.

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