‹ Essai sur l'histoire du théâtreChapitre 187 sur 322 · I. Britannicus, acte IV, se. iv · texte numérisé non relu

I. Britannicus, acte IV, se. iv

■1. Madame de Caylus, Souvenirs, éd. Techener.

3. Théophile Lavallée, Histoire de la maison royale de Saint-Cyr. Paris, 1856, p. "]Ci cl suivantes.

Quant à Athalie, elle fut représentée deux ans après, à Versailles, en petit comité, dans unee hambre du palais, en présence du roi et de quelques rares privilégiés, mais sans costumes ni décors. Ce qui n'empêcha pas Mme de Caylus de trouver cette pièce mieux mise en scène, malgré son simple appareil, que tout ce que l'on donnait alors sur les théâtres parisiens. Par celte appréciation, elle voulait faire comprendre qu'à Saint-Cyr comme à Versailles, la scène où s'étaient jouées ces deux pièces n'avait point été, suivant la mode d'alors, encombrée de curieux gênant le jeu des acteurs et empêchant tout effet un peu grandiose.

A ce propos, nous avons déjà fait remarquer que le théâtre, au commencement du siècle, s'était probablement vu imposer la règle des trois unités par une nécessité matérielle. Maintenant, nous constaterons que le jeu des pièces à la fin du xviie siècle est simple, sans effets de mise en scène. L'auteur est contraint à cette timidité par la présence sur la scène des badauds invétérés qui l'encombrent. Aussitôt que Racine peut s'affranchir de ces liens gênants, il produit, comme dans Athalie, le coup de théâtre final, qui est une des plus belles conceptions de mise en scène qu'ait fournies la tragédie.

Saint-Cyr n'était pas le seul des établissements pédagogiques qui cultivât le théâtre. Les jésuites s'étaient toujours complu aux représentations dramatiques et saisissaient toutes les occasions d'en donner. Dans certaines villes de province, comme à Valenciennes, par exemple, ils axaient été les premiers organisateurs de spectacles, et à ce titre ils recevaient des subventions de la municipalité1. A la Flèche, ils avaient institué, en souvenir de la translation du cœur de Henri IV dans leur collège, une fête annuelle qu'on célébra jusqu'à la Révolution et dans laquelle les représentations théâtrales occupaient toujours une place. En [611, c'est-à-dire la première année, on joua une pièce dans laquelle « paroissoit la France en habits de deuil, environnée du chœur

i. Voir Simon Leboucq, Histoire ecclésiastique de Valenciennes (ms.) : a Comme les PP. Jésuites fesoieut faire par leurs écoliers des actions deux ou trois fois l'an, le conseil particulier tenu le 26 mars i5g6 ordonna aux maîtres de la cour Saint-Denis de faire dresser, aux frais de la ville, un théâtre chaque fois qu'ils en auroient besoin. » « Les Pères désirant représenter devant Son Altesse l'archiduc Albert, alors en cette ville, l'histoire de Modolphus, remontrèrent au conseil tenu le a3 août i5cj7 qu'ils u'avoient pas le moyeu d'acconslrer les écoliers sans être assistés. On leur accorda 60 livres Hainaut (3y livres 10 sols tournois). »

A Toulon, la municipalité accorde 10 livres de subvention au Collège pour les frais d'un théâtre OÙ, le ao niais i(>5(>, on joue une tragédie dans laquelle est représentée la glorification de la cité. (Archives communales «le Toulon, BIS. fi r , 1° J 35.)

LE THEATRE A LA COUR

des Vertus royales; l'archange Saint Michel et La Religion intervenoienl ensuite pour la consoler et pour l'encourager1. »

En 1617, Louis XIII et sa mère se rendirent à la Flèche, et à l'occasion de leur visite il y eut une représentation théâtrale mythologique. Le théâtre était d'ailleurs un moyen qu'employaient habilement les jésuites pour rendre l'étude attrayante, et ils ne se bornaient pas, dans ce but, â jouer des tragédies : ils représentaient aussi des comédies et des ballets2. Mais le genre dramatique qu'ils créaient ne sortait pas de leurs collèges, et du reste il n'aurait pas eu de succès ailleurs; car, à part quelques pièces3, la plupart de celles qu'ils jouaient étaient en latin et ne comportaient pas de rôles de femmes. Plusieurs tragédies composées par des professeurs furent représentées à Paris au collège Louis-le-Grand en présence de Louis XIV; on les interprétait en plein air, ou plutôt dans une cour couverte. Les spectateurs remplissaient trois amphithéâtres échafaudés pour la circonstance; toutes les croisées qui donnent sur la cour où avait lieu le spectacle servaient de loges; et la décoration <'lait, si l'on doit en croire certains auteurs, plus riche et plus luxueuse chez les révérends pères que dans les théâtres publics d'alors4.

Le roi avait préféré â tous les autres spectacles les pièces lyriques de mythologie fantaisiste où s'épanouit dans toute sa majesté le style qui porte son nom. à la fin de sa vie, la mise en scène des représentations royales qu'il avait monopolisées à Versailles et que sa vieillesse hypocondriaque délaissait maintenant passa au théâtre public de l'Opéra, gratifié du titre d'Académie royale de musique.

1. Voir Histoire de i 'école de la Flèche depuis sa fondation, par Jules Clère, 1 853, p. io3. Voir aussi liibliotheca seriptorum societatis Jcsu. Art. Flexiense Collegium et Litterte anmur societatis Jesu. Anuo 1 (> 1 3.

0.. Les titres de quelques-unes de ces pièces ont survécu. Voici les principales : « Les Arts, les Sciences et les Armes employés par C Hyménée pour le mariage de Monseigneur le Dauphin, pièce meslée de chaut, de spectacle et de danse qui sera représentée au collège royal de la Flèche le septième jour de mai de l'an 1680. La Mode, comédie mêlée de musique et de spectacle, qui sera représentée sur le collège de la Compagnie de Jésus le 3o janvier 1670, à la Flèche. Les Différents Plaisirs des saisons, ballet qui sera dansé à la tragédie de Mithridate sur le théâtie du collège royal de la Flèche le 27 août iOgi. »

3. Outre les pièces que nous venons de citer, mentionnons encore parmi les tragédies en français : Theocaris, martyr du Japon, tragédie qui sera représentée au collège Louis-le-Grand. Paris, 1713. Cosroes, tragédie qui sera représentée au collège Louis-le-Grand le fi avril 1696. Malgré toutes nos recherches, nous n'avons pu retrouver ces pièces dans aucune bibliothèque

4. Voir Ernest Boysse, le Théâtre des Jésuites. Paris, 1880, p. fi3.

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