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Sauvai, Antiquités de la Ville de Paris, t

LES SALLES DE SPECTACLE

la plus simple des machineries, telle que jeux de trappes ou descente de décors; il augmenta aussi la scène dans le sens de la profondeur, en abattant les cloisons du fond; les degrés formant amphithéâtre furent couverts d'un plancher qui devint le parterre debout, nécessaire, semble-t-il, au théâtre français du xviie siècle; le fond delà salle, seul, resta en amphithéâtre â gradins. Sur la scène fut établi un système de charpentes destiné â servir de point d'appui aux machineries el aux trucs des pièces à grande mise en scène, comme Andromède et Psyché. Dans la salle, entièrement repeinte et mise à neuf, on réserva devant le parterre un endroit pour un orchestre de douze violons; car auparavant les musiciens comme les chanteurs s'étaient toujours tenus dans des loges grillées, cachés aux spectateurs. Molière rompit avec celle habitude cl lit paraître les chœurs sur la scène, où ils chantèrent en public comme à l'Opéra '.

Quelle qu'ait été l'importance des travaux exécutés par Molière, il n'avait pas suffisamment transformé la salle de Mira/ne pour en faire un théâtre commode. Aussi, quand Lulli s'y installe en 1678, demande-t-il à Colbert la permission d'y exécuter encore des modifications. Il propose l'enlèvement des deux colonnes de l'ouverture de la scène, qui doil faciliter la manœuvre des machines el la plantation des décors, (elle démolition aura en outre l'avantage de fournir des moellons, nécessaires pour l'exhaussement des murs de la salle. Il demande encore au contrôleur généra] des bâtiments l'autorisation de remplacer les poutres du plafond, déjà renouvelées par Molière el qui sont encore une fois pourries'2. A la suite de ces travaux, l'Opéra s'installe dans la vieille salle du Cardinal et y demeure jusqu'en 17G3.

La salle de la rue Mazarine, qui hébergea d'abord le premier théâtre d'opéra à Paris, puis le Théâtre-Français depuis la mort de Molière jusqu'en 1 ( 3 8 8 , était construite sur remplacement de la maison portant actuellement le numéro 42 c'e ht rue Mazarine et le numéro 43 de la rue de Seine. Alors ce terrain, en forme d'un carre allongé, était occupé par un jeu de paume. Guichard, architecte des bâtiments du roi, Charles Hérault, peintre du roi, Florentin Damoisellet et Guillaume de Saugières, maîtres peintres à Paris, en firent les aménagements el les décorai ions sous la direction de l'abbé Perin, le premier fondateur de l'Opéra.

1. Registre de La Grange, publié par Edouard Thierry, p. ia3.

». Voir Bibliothèque nationale, mss. fonds Colbert, vol. if>5 f" 1. Lettre du iG août i(î73.

LE THEATRE AU XVIIe SIÈCLE.

Sauf un amphithéâtre placé au fond el semblable à celui de la salle primitive du Palais-Royal, ce nouveau théâtre n'avait dans sa construction rien de particulier.

Ce très commode amphithéâtre D'où l'on peut tout voir au théâtre Aiin (pie nul n'y soit debout1.

se retrouve dans les diverses salles parisiennes où depuis s'est établi l'Opéra : au Palais-Royal, au boulevard Saint-Martin, rue Richelieu, rue Le Peletier. « L'Opéra est même, maintenant, le seul théâtre où se trouve ce genre de place qui remonte à son origine2. »

Une maquette de décoration faite par Pizzoli', pour la reprise de Psyché, en 1686 (alors que les comédiens français occupaient cette salle d'Opéra), nous apprend par une échelle de toise marquée sur le dessin que la scène avait environ 10 mètres de large. Les loges étaient construites à la façon de celles du Palais-Royal, c'est-à-dire qu'elles étaient formées de balcons coupés de distance en distance par une balustrade ou claie à hauteur d'homme. La partie la plus remarquable du théâtre était la scène, aménagée surtout en vue d'un grand luxe de machines.

En 1847, on voyait encore les ruines du bâtiment, et quelques portiques dessinés sur de vieux murs indiquaient l'emplacement des balcons ; c'était là le seul vestige de cet ancien théâtre4.

En 1687, Louis XIV, par l'entremise de Louvois, donne l'ordre aux comédiens royaux de quitter la salle de la rue Mazarine. Chassés à l'improviste, ces malheureux choisissent successivement six locaux que le ministre et le roi agréent; mais chaque fois que pour un de ces locaux les travaux préliminaires sont terminés, les plans n'ont plus le don de plaire et sont rejetés. A la fin, un jeu de paume situé rue des Fossés- Saint-Germain est définitivement accepté6. Les comédiens ne perdent pas un instant : ils font aussitôt démolir les constructions existantes et bâtir leur nouveau théâtre.

François d'Orbay en était l'architecte. Les bâtiments occupaient un

1. Lettre rimée de Robinet à Monsieur, 18 avril 1671. Bibliothèque JTazarine, 29'» A5. ■>.. Nuitter et Thoinan, les Origines de l'Opéra français. Paris, 1 886, p. i5o.

3. Conseryéeàla bibliothèque «lu Théâtre-Français, elle a figuré à l'Exposition théâtrale de 1878 et à celle de 1889.

4. Plan el coupe reproduits dans Nuitter et Thoinan : les Origines de l'Opéra. Paris, i88f>, p. 147.

5. Histoire du Théâtre Français par les frères Parfait, Paris, 1 7 4 5 - 1 749, t. XIII, p. 99 el suivantes.

LES SALLES DE SPECTACLE

terrain de 10 toises (20 mètres) et étaient d'une construction simple et assez régulière. La façade en pierre de taille, à deux étages percés de dix croisées, était couronnée par un fronton triangulaire, dans le tympan

duquel une figure de Minerve en demi-relief formait le centre Au-dessus

étaient les armes de France, aussi en demi-relief. Un grand balcon de fer qui avait 4 pieds de saillie régnait sur toute la longueur de cette façade, et au-dessous quatre portes carrées et de même proportion donnaient accès dans l'intérieur1. Le plafond avait été peint par Bon Boullogne.

La salle, en forme d'une demi-ellipse avant à sa partie la plus large 3i pieds et demi (11 mètres), avait des loges qui se prolongeaient sur la scène comme de nos jours, au delà du rideau2. Chaque étage avait dix-neuf loges; celle du roi se trouvait à droite près de la scène, celle de la reine à gauche. Un amphithéâtre derrière le parterre s'étendait au-dessous du premier balcon de loges, suivant le même principe de construction que le théâtre de Mirante. Le trou du souffleur avait déjà la disposition actuelle. Le manteau d'Arlequin, c'est-à-dire l'encadrement du rideau en toile peinte qui en cache le sommet, n'existait pas3. L'éclairage se composait de dix-huit lustres et de soixante-quatre bras, dont la moitié était à branches1.

Tel est, à en croire les descriptions de la capitale au xvne siècle et les plans qui subsistent, l'aspect du Théâtre-Français à la fin du règne de Louis XIV.

La salle éphémère de l'Opéra, rue de Vaugirard, ne pouvait avoir qu'un caractère provisoire, puisque Lulli l'avait louée pour six mois. Aucun renseignement ne nous est parvenu sur sa disposition.

Tous ces théâtres, sauf celui de la Comédie-Française, rue des Fossés-Saint-Germain, ont été calqués, à peu de chose près, sur celui de Mirante. Il y eut cependant, durant le siècle de Louis XIV, une salle mieux aménagée, plus riche et plus perfectionnée que celle du cardinal de Richelieu, (l'est la salle des Tuileries, connue sous le nom de salle des Machines, sinon construite par Vigarani, au moins exécutée sur ses

1. La façade et les plans sont reproduits dans Y Encyclopédie. Lesplans, gravés par Jombert. sont à la Topographie de Paris, Bibliothèque nationale, cabinet des Estampes, et dans l'ouvrage de Dumont, Parallèle des principales salles de théâtres. Grand in-folio, 1^63.

2. Piganiol de la Force , Description historique de la ville de Paris et de ses environs. Paris, 17O5, t. VI, p. 257 et 258.

3. Jules Bonnassies, Notice historique sur les anciens bâtiments de la Comédie-Frâncaise. P. o is, 18.68, |>. 10.

\. Archives nationales, O1 188 j.

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