LE THÉÂTRE AU WIÏ SIÈCLE
projets. Elle était en forme d'ellipse et coupée diamétralement par la scène sur son petit côté. Ce théâtre, « sans contredit le plus magnifique de l'Europe.' », se distinguait surtout par l'ampleur de ses dimensions, qui laissaient aussi bien au-dessus qu'au-dessous de la scène un vaste espace pour la machinerie. « Par-dessus les nuages, dit l'abbé de Pure, jusqu'au « tiran • du comble, pour la retraite ou pour le mouvement des machines, il y a 3j pieds. Sous le plancher ou parquet du théâtre, pour les enfers ou le changement des mers, il y a i5 pieds de profondeur5. » Les entrées, les sorties, les escaliers et les corridors y sont fort commodément aménagés, et la décoration des plus somptueuses. « Tout est peint en marbres de diverses couleurs; les balcons aussi bien que les loges sont soutenus sur des colonnes corinthiennes dont les chapiteaux et les soubassements sont dorés très richement, ainsi que les corniches et les balustrades. Le plafond est chargé de sculptures dorées et de peintures dessinées par Le brun et exécutées par Noël Coypél3. » La salle peut contenir 7000 à 8000 personnes, qui voient et entendent « très commodément et sans embarras4 ».
Les balcons du premier étage ne s'étendaient que sur les deux côtés de la salle, tandis que le fond, à la même hauteur, était occupé, toujours suivant le principe de la salle de Mirante, par un amphithéâtre en gradins, (les balcons de côté, sépares par des colonnes qui les débordaient un peu, avaient l'aspect des loges d'avant-scène de l'Opéra actuel; les rangs de loges du deuxième et du troisième étage étaient continus sur le pourtour de la salle. Enfin des locaux spacieux et bien éclairés étaient aménagés avec le plus grand luxe pour la commodité des acteurs, des danseurs el de tout le personnel8.
Lorsqu'on donnait des bals à l'Opéra, on élevait le parterre au niveau du théâtre et de l'amphithéâtre et l'on joignait le tout par des planches de raccord. Celte manœuvre s'exécutait au moyen d'une machine inventée par un frère auguslin nommé Nicolas. « Quatre leviers enchâssés dans quatre poteaux placés aux quatre angles élèvenl et
1. Germain Brice, Description nouvelle de la ville de Paris, édit. de 1706, t. I, ]>. S7.
"s. Michel de Pure, Idée des spectacles anciens el nouveaux. Paris, i(iG8, ]>. 3ia et suivantes.