Archives nationales, O
•j. Ibidem, O» 382 5.
3. Bibliothèque nationale, cabinet des Estampes, AAs. Almanach royal. Au Grand-Théâtre d'Amsterdam, en 1768, il y avait une rampe de lampions dans des soucoupes et des lustres également de bougies sur le devant de la scène. Voir la gravure hollandaise de S. l'okke,
LE THÉÂTRE AU XVIIe SIÈCLE.
bougies. A l'Opéra, ce changement ne fut opéré que grâce à la munificence de Law, c'est-à-dire au commencement du règne de Louis XV. Au même théâtre, jusqu'aux environs de 1789 la rampe était faite de 100 lampions à 8 mèches trempant dans de l'huile de pied de bœuf1, ce qui causait une puanteur et une fumée intolérables que les comédiens du roi au Théâtre-Français, plus exigeants que les chanteurs de l'Opéra, ne pouvaient supporter : aussi à partir de 1^83 la Comédie-Française, sur les réclamations incessantes de ses sociétaires, obtint-elle une rampe de bougies.
Au xvne siècle, clans les théâtres où la rampe se composait de chandelles, les moucheurs, mouchettes en main, faisaient pendant les entr'actes la toilette du luminaire. C'était pour le public une distraction que de les voir s'acquitter de ce soin; et lorsque leur dextérité méritait des applaudissements, on ne les leur marchandait pas.
Nous avons constaté par un manuscrit vénitien de 1673 qu'à cette date, pour les représentations des ballets en Italie, on se servait de herses, c'est-à-dire d'appareils mobiles dans le haut du théâtre, qui ont pris tant d'importance sous la forme de rampes de gaz ou de lampes électriques mobiles. C'étaient alors des lattes suspendues maintenant des lampions en lignes8.
L'histoire des incendies en général et des moyens de les combattre est encore à faire, et le chapitre du feu dans les théâtres nous parait en être la partie la plus obscure. Quels qu'aient été les bouges enfumés et horribles qui tenaient lieu de théâtres parisiens au xvic et au xvii° siècle, il ne semble pas cependant qu'il v ait eu d'incendie avant 1G40. Durant le cours de cette année, si l'on devait en croire l'abbé Mervesin3, le jeu de paume de la Fontaine, où se tenait vraisemblablement le théâtre du Marais, aurait été entièrement brûlé, et le due d'Orléans l'aurait fait rebâtir.
Ce serait le premier incendie de théâtre parisien, si toutefois la chose est exacte; car le fait est bien vague et n'est rapporté par aucun autre historien.
A défaut de ce premier incendie de théâtre, on en constate positivement un au début du règne de Louis XIV.
1. Rapport cité par M. IVrrin dans sa Lettre à M. Sarcey sur la mise en scène. Paris, 1880,]). /,3. ■>.. Recueil italien de Venise, à la bibliothèque 'le l'Opéra, exposé en 1S78 et en 1889. Histoire, tic In Poésie française. Paris, 1706, in-ia.
LE PUBLIC, L'ECLAIRAGE, LES INCENDIES
Voilà ce que nous raconte Olivier Lefèvre d'Ormesson, dans son journal1 : « Le vendredy i5 janvier i-644î SU1> |CS neuf à dix lieures, le jeu de paume du Marais, où jouoient les petits comédiens, fut tout bruslé, et le feu eût bruslé les jeux de paume voisins, s'ils n'eussent été secourus puissamment et en bon ordre. Les capucins s'y employèrent très utilement. Je le vis brasier avec horreur, tant le feu estoit grand! Il fut vu de tout Paris; l'on y accourut de toutes parts, et l'on voyoit aussi clair que le jour. »
Ce sont les seuls détails que nous ayons sur les incendies de théâtres antérieurs à celui de l'Opéra, en 1763.
On voit qu'en France, depuis l'existence des théâtres permanents jusqu'au milieu du règne de Louis XV, il n'y eut que deux incendies. Encore l'un d'eux est-il douteux ! 2
En Angleterre, au contraire, nous avons constaté que les sinistres des salles de spectacle furent nombreux. On peut compter à Londres vingt incendies de théâtres dans la première moitié du xvne siècle. Mais, malgré la fréquence des sinistres, l'administration municipale de celte ville n'avait encore trouvé aucun moyen de les combattre e fïicacement. Aussi, chaque fois qu'un incendie se déclarait, tout le pâté de maisons avoisinant était réduit en cendres.
En France, s'il n'y avait pas de véritables corps de pompiers, les moines des ordres mendiants et principalement les capucins en tenaient lieu. Un certain nombre d'entre eux veillaient la nuit, et en cas de sinistre donnaient l'alarme. Au moindre signal, ceux qui étaient restés dans les couvents accouraient sur les lieux de l'incendie et procédaient au sauvetage3. Il est même certain que des capucins
1. Journal d'Olivier Lefèvre d'Ormesson, édit. Chéruel, 1860, t. I, p. 1 38.
2. Mais, à défaut d'inceudies, les représentations théâtrales avaient déjà été souvent marquées par des accidents non moins graves et dans le genre de ceux que nous avons signalés en Allemagne et en Italie. En 1 5n3, on jouait au Puy l'Histoire du mauvais riche, dont la mise en scène comportait plus de quatre-vingts personnages. On était arrivé à la moitié de la pièce, quand, tout à coup, « ung eschaffault tomba, que fust un grand miracle que ne n'y ust plus de cent personnes mortes; niais il n'ust personne grâces à Dieu, siuet plusieurs hommes et femmes blessés et estroppiés. » Voir Mémoires de Jenn Durel publiés par Augustin Chassaing. Le Puy, 1875, p. 34î. A Valenciennes, en i65fi, les Pères Jésuites ayant invité l'archevêque de Cambrai, les prélats, les magistrats et tous les personnages notables qui étaient venus à la procession de Valenciennes qui se célèbre tons les ans, à assister à quelque comédie qui se devait faire en la grande salle, « le pavé de cette salle s'enfonça et les spectateurs tombèrent dans les écoles qui se trouvoient au-dessous, dont plusieurs fuient grièvement blessés ». Voir Héoart, Recherches historiques, bibliographiques, critiques et littéraires sur te théâtre de Valen demies. Paris, 1816, p. i5.
3. Lettres de .Unie de Sé.vigné, publiées dans la Collection des Grands Ëcrivaius de la France.
LE THÉÂTRE AU XVIIe SIÈCLE.
faisaient des rondes ou surveillaient les théâtres les jours de représentation, et, pour les pièces où l'on employait des engins pyrotechniques ils restaient sur la scène, derrière les décors, à des postes déterminés, comme nos pompiers modernes. Ainsi, toutes les fois que Molière donne la représentation du Festin de Pierre, au moment final où le tonnerre tombe et où Don Juan est englouti dans les flammes qui sortent de terre, des capucins sont dans les coulisses prêts à éteindre tout commencement d'incendie s'il s'en produit1.
Les moyens que les capucins avaient à leur disposition étaient encore rudimentaires : ils se servaient d'épongés fixées au bout de bâtons qu'ils plongeaient dans des réservoirs d'eau préparés à cet usage. Plus tard on employa de grosses seringues2. C'étaient là les modestes lances des pompes à feu du xvne siècle. Quant à ce dernier instrument, on ne le connaissait pas encore; mais son invention se rapporte à l'histoire du théâtre, puisque le mérite de sa découverte revient à un acteur, ancien laquais de Molière5. Ce comédien, nommé du Périer*, obtint en 1699 des lettres patentes qui l'autorisaient à « faire construire et fabriquer une pompe propre à éteindre le feu ». Il eut l'occasion d'appliquer sa découverte pour la première fois lors d'un incendie qui eut lieu dans les dépendances de la salle des Machines, en 1704. Le résultat fut si merveilleux", que, l'année suivante, du Périer reçut officiellement la mission d'établir, de garder et d'entretenir les pompes du roi. Mais le corps des pompiers ne fut définitivement créé que sous la Régence6.
En dehors des capucins, les gardes françaises fournissaient un piquet
Paris, Hachette, t. II, p. 74. Loret, Musc historique, t. II, p. 7, cl t. Ut, p. 3hj. Do Luynes, Mémoires, édit. Eud. Soulié, t. IX, 4(37. Journal du marquis de Dangeau, édit. Eud. Soulié, t. VII, p. 299.
1. Registre de. la Grange, publié par Ed. Thierry : sommes diverses payées aux capucins pour les représentations de Don Juan, p. 71 et suiv. — Loiseletir, les Points obscurs de la vie de. Molière. Paris, 1871'), ]). 34o.
•>.. Voir Celler, les Décors, tes Costumes et la Mise en scène au xvn" siècle, déjà cité, p. 5i. On conserve encore à la cathédrale de Troycs une de ces grandes seringues en bronze cpii servaient de pompe à incendie.
3. Voir Georges Monval, te Laquais de Molière. Paris, 1887, p. 5o. et suivantes.
4. Ce du Périer, qui s'appelait en réalité Dumouriez du Périer, est le grand-père paternel du célèbre général Dumouriez, dont la mère était également fille de l'acteur Chateauneuf. M. G. Monval fait justement remarquer que l'esprit actif, entreprenant, aventureux, le coulage, l'adresse et la persévérance du grand-père du Périer se sont retrouvés dans le petit-fils.
5. A en croire une lettre adressée au roi par Claude Robert, procureur au Châtelet.
(i. E. Despois, le Théâtre en France sous I.ouis XIV, déjà cité p. 126. A cette époque une gravure de Moreau nous montre déjà les pompiers coiffés d'un casque en cuivre à cimier dans le genre de ceux que portaient les sapeurs-pompiers de Paris, il v a une douzaine d'années.
LE PUBLIC, L'ÉCLAIRAGE, LES INCENDIES
au théâtre comme les municipaux de nos jours. Quand le roi venait, deux gardes faisaient évacuer le public de la scène et se plaçaient avec leur mousquet de chaque côté du théâtre, près de la rampe, face au public. Les gardes françaises furent toujours chargées du service d'ordre des théâtres, et il existe encore deux billets de service à la Comédie- Française datés de l'année 1787, au nom du sergent au régiment des gardes françaises Lazare Hoche1.
H est bon d'insister sur ce fait que les gardes françaises n'eurent jamais à déployer le zèle et le dévouement qui dans les temps modernes ont rendu légendaire le régiment des sapeurs-pompiers de la ville de Paris. Leur rôle se réduisait au maintien de l'ordre et à l'accomplissement de quelques tâches secondaires, comme celle de la chaîne. Les capucins, au contraire, semblent avoir en toutes circonstances payé largement de leur personne; qu'il nous suffise pour le prouver de citer celte phrase typique de Favart : « On dit qu'il est péri quinze personnes dans l'incendie de l'Opéra en 17G3; cela n'est pas vrai : nous en sommes quittes pour un récollet et un capucin. »
1. Conservés dans la collection de RI. le marquis des Roys, pelit-fils du général Hoche.