‹ Essai sur l'histoire du théâtreChapitre 202 sur 322 · LE THEATRE AU XVII0 SIÈCLE · texte numérisé non relu

LE THEATRE AU XVII0 SIÈCLE

En général, aussi, aucune actrice ne figurait dans les ballets royaux, dont les rôles de femmes étaient joués par des grandes dames et de jeunes seigneurs habillés en femmes1. Au Mariage forcé, représenté au Louvre, il y eut exception : la du Parc y dansa avec le roi'. Ce fut d'autant plus remarqué qu'elle n'était pas danseuse, mais comédienne. Seulement, elle avait en plus de sa beauté certaines grâces particulières5 : « Elle faisoit des cabrioles admirables, qui laissoient voir ses jambes et partie de ses cuisses par le moyen de sa jupe fendue des deux côtés avec des bas de soye attachés au haut d'une petite culotte. » C'est le maillot du temps du grand roi, vêtement aujourd'hui d'une si grande importance. On le revoyait pour la première fois au théâtre, depuis que Brantôme, en 1 548, en avait parlé en décrivant l'enthousiasme qu'excita chez les courtisans de Henri II la vue des charmes des dames de Lyon.

Comme dans tous les temps, la seule préoccupation des femmes de théâtre était leur parure. Peu leur importaient les nécessités du jeu de la pièce ou la couleur locale. Il leur fallait briller et faire crever de jalousie les camarades. Un jour Molière, entrant dans la loge de sa femme qui se préparait à jouer le rôle d'Elmire, la trouva toute couverte de bijoux et parée comme une grande dame pour un bal. Au grand désespoir d'Àrmande Béjart, il lui fit retirer ses atours et revêtir un costume plus simple'*.

Mlle Molière apporta toujours, à la ville comme à la cour, un soin excessif à sa toilette. Dans Circé, elle parut « belle à ravir avec un magnifique costume comme elle savait en inventer, et une superbe abondance de cheveux épars qui captiva bien des cœurs5 ». Son vêtement, qui faisait tant valoir sa taille, s'appelait, au dire des contemporains, « manteau à la Sylvie ». Elle-même en avait fait la coupe; dès qu'elle l'eut porté, il devint à la mode, et les femmes élégantes vou-

l. Loiseleur, les Points obscurs de la vie de Molière. Paris, 1876, passim.

a. Fournel, les Contemporains de Molière, Paris, 1 863 , t. II, p. 200-201, 2t5 cl 6i5. Molière, édit. Mesnard, Collection des Grands Ecrivains, Paris, t. IV, p. 78.

Page 1