Ibidem, 7.9 décembre
4. Ibidem, l'i juillet 17O8. « Les spectacles de Mlle Guimard continuent à la maison de Pantin. Elle y a fait jouer hier une parade toute nouvelle qui a paru délicieuse à la société, c'est-àdire extrêmement grivoise, polissonne, ordurière. On sait que les spectateurs de cette assemblée ne sont pas fort délicats : ce sont les filles de Paris et les hommes attachés à cette espèce de compagnie qui la forment. »
LE THEATRE DE SOCIÉTÉ
de Paris s'opposa longtemps à l'ouverture du théâtre des demoiselles de Verrières : on passa outre et l'on se contenta de ne pas jouer, à sa demande, la Vérité dans le cm, pièce des plus licencieuses, ce qui fit dire que « le prélat ne voulait pas plus que la Vérité sortît d'un tonneau que d'un puits ».
C'est de haut d'ailleurs que vient l'exemple de jouer des pièces dans l'intimité. Le plus célèbre et le premier des théâtres de société est celui des Petits-Cabinets, à Versailles.
Mme de Pompadour, voyant que ses charmes amoindris ne suffisaient plus à maintenir Louis XV sous son influence, essaya de conserver l'empire qu'elle avait sur lui en l'amusant par tous les moyens possibles. Pour combattre l'ennui et le désœuvrement du monarque blasé, elle eut surtout recours au théâtre. Elle fit transformer une antichambre du palais de Versailles en salle de spectacle, où quelques privilégiés seuls furent admis. Bientôt après l'antichambre est remplacée par une véritable salle, avec loges, balcons, scène, avanlseènes, et la favorite y joue en personne avec des courtisans issus des plus hautes familles de France et quelques acteurs, en présence de Louis XV.
En septembre 1748, on détruisit le premier théâtre des Petits-Cabinets et l'on en éleva un nouveau dans la cage du grand escalier de marbre des ambassadeurs. Tel qu'on le construisit, il n'abîmait en rien ni le marbre ni la peinture. On pouvait l'enlever et le reconstruire à volonté; les entrepreneurs prétendaient qu'en quatorze heures ils le démoliraient et qu'ils le rétabliraient en vingt-quatre. En effet, le 3o décembre de la même année, on le fit disparaître complètement pour les réceptions des jours suivants, et il suffit de dix-sept heures pour enlever tous les matériaux qui le composaient1.
Sur ces théâtres privés on joua tous les genres : la comédie et la tragédie classique, ainsi que l'opéra. Un de ces opéras, V Opérateur chinois, paraît avoir eu un succès particulier. Les acteurs étaient toujours Mme de Pompadour, les dames et les grands seigneurs de la cour, le duc de Duras, le duc d'Ayen, le duc de Nivernais, la duchesse de Brancas, etc.
Le moindre rôle était recherché par les plus hautes personnalités, tandis que certaines places de danseurs étaient tenues par des profes-
1. Mémoires du duc de Lujnes, édition Souli<;, t. VIII, p. 1 65.
LE THEATRE AU XVine SIECLE.
sionnels'. La mise en scène était assez perfectionnée pour qu'on y organisât des voleries de figurants qui descendaient des combles sur la scène et y exécutaient des danses2.
Ce premier théâtre, construit dans la petite galerie décorée de peintures de Mignard, contre l'appartement du roi, était fort restreint, et l'orchestre occupait une partie de l'espace destiné au roi et aux spectateurs. En décembre 17475 on sépare les musiciens des spectateurs en les mettant dans un endroit à part, près de la scène.
Puis on fit derrière le théâtre une loge pour l'habillement des dames, et plus loin, sur le palier de l'escalier de marbre, une autre loge poulies hommes. Enfin le cabinet des médailles, où sont conservées aujourd'hui les admirables gouaches de Blarenberghe, servait de foyer et de salle d'habillement aux autres acteurs3.
Les représentations du théâtre des Petits-Cabinets étaient d'un vif attrait pour les courtisans; car, une fois le rideau tombé, le roi rentrait dans ses appartements, où il recevait à souper quelques privilégiés, hommes ou femmes, au nombre de trente au plus. Les dames étaient averties le matin. Elles arrivaient au spectacle dans un costume spécial, qui eût paru suranné en toute autre circonstance. Elles portaient des robes à plis et à barbes tombantes. Durant la représentation, le roi, seul dans sa loge, dirigeait nonchalamment sa grosse lorgnette d'opéra sur l'auditoire, et on le voyait, après cet examen, écrire un certain nombre de noms au crayon. Quand il se retirait, les courtisans qui étaient dans la salle se réunissaient dans une pièce adjacente, et bientôt après un huissier tenant à la main le papier écrit par le roi entr'ouvrait la porte et proclamait les noms
1 . Théâtre des petits appartements. Paris, I 7 |8, in-8. Mémoires de (fjrgenson, publics par Rathery, t. V, p. 206.