‹ Essai sur l'histoire du théâtreChapitre 212 sur 322 · Archives nationales, O1 3o · texte numérisé non relu

Archives nationales, O1 3o

5. Le goût de la reine pour le théâtre est tel, qu'en 1777, malgré les spectacles perpétuels qui se donnent dans les châteaux royaux, mrdgré ceux auxquels la souveraine assiste dans les grands théâtres de Paris, une note du directeur des bâtiments nous apprend que Marie-Antoinette se rendit eu celte année quatorze fois à la Comédie publique de Versailles, dirigée par Mlle Montansier. (Archives nationales, O' 3o54.)

LE THÉÂTRE AU XVIIIe SIÈCLE.

théâtre, qui n'eut pas une longue existence1. La scène n'est pas seulement tendue de toiles peintes sur châssis formant décor : le tapissier ordinaire de Marie-Antoinette, Dècle, en fait un boudoir avec tentures de velours d'Utrecht, soies brochées, et un véritable mobilier; seules les murailles sont de toiles peintes*. Bientôt les Menus Plaisirs, qui disposent d'un matériel leur permettant d'établir sur un point quelconque du château une salle de spectacle avec scène, parterre, loges de balcon, etc., en construisent â Versailles autant que la reine en veut et où il lui plaît.

Dans la suite, la reine se confine à Trianon. On y agence l'orangerie pour y donner devant un cercle intime des représentations où, à côté de Marie-Antoinette, brillent la comtesse de Polignac et le comte d'Artois.

Dans son parc du Petit Trianon, la reine fait organiser à certains jours des fêtes où elle reçoit elle-même le roi, les princes et toute la cour; le 7 septembre 1777, entre autres, elle donne un divertissement des plus délicats, mais fort dispendieux. Le parc est transformé en une foire, dont les marchandes sont les dames de la cour. La reine, en limonadière, tient un café. Çà et là il y a des théâtres et des parades; ailleurs se trouve une guinguette entourée de berceaux et de treillages; à côté est une scène en plein vent, à façade ornée de motifs d'architecture. Chaque établissement est relié au voisin par des guirlandes de fleurs. Le soir, le jardin est éclairé par deux mille six cents lumières de couleur, et parmi les boutiques il en est une de marchand d'oiseaux dans laquelle Carlin, l'un des plus célèbres acteurs de la Comédie- Italienne, et Dugazon, sociétaire de la Comédie-Française, cachés dans des carcasses d'osier en forme de pie et de dindon, font la parade au milieu de cages d'oiseaux vivants. Sur le théâtre on joue l'opéra-comique des Sabots.

Joseph II, empereur d'Allemagne, était alors l'hôte de la reine. Il fut quelque peu surpris de voir Marie-Antoinette faire elle-même les honneurs, tandis que le roi restait au second plan. Il en fit l'observation. Mais la reine garda néanmoins le sceptre des plaisirs de Trianon, et bientôt elle commanda à son architecte favori, Mique, une salle de spectacle dans son parc3.

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