Ibidem, O1 3i
3. Gustave Desjardins, le Petit Trianon. Versailles, 1885, |>. 98 et suiv. Nous sommes
LE THÉÂTRE DE SOCIÉTÉ
Ce théâtre subsiste encore à peu près tel qu'il était lorsque Marie- Antoinette y jouait.
L'extérieur, sans aucune décoration, est rechampi en plâtre grossier et ressemble à une grange ou à quelque bâtiment des communs.
Menuet dansé à la cour de Louis XV.
L'intérieur, des plus richement décorés, au contraire, passe pour être le type par excellence des salles de spectacle de société au xvme siècle1.
heureux de constater que, clans le livre consacre- à l'histoire du château et du parc de Trianon, M. Desjardins a eu connaissance de tous les documents concernant son sujet, et, quelque soin que nous ayons mis à rechercher aux Archives nationales ou dans les autres dépôts privés ou publics des renseignements sur la partie de l'histoire de Marie-Antoinette qui se rapporte au théâtre, nous n'avons rien trouvé à ajouter aux détails fournis par lui.
i. Cependant, cette décoration nous parait trop lourde pour la petitesse même des proportions architecturales.
LE THÉÂTRE AU XVIIIe SIÈCLE.
M. Edmond de Goncourt a fait d'elle une description qui est en quelque sorte devenue classique : « La salle est blanc et or; le velours bleu recouvre les sièges de l'orchestre et les appuis des loges; des pilastres portent la première galerie; des mufles de lion qui se terminent en dépouilles et en manteau d'Hercule branchages de chêne soutiennent la seconde galerie. Au-dessus, sur le front des loges en œil-de-bœuf, des Amours laissent pendre la guirlande qu'ils promènent. Lagrenée a fait danser les nuages et l'Olympe au plafond. De chaque côté de la scène, deux nymphes dorées s'enroulent en torchères; deux autres nymphes au-dessus du rideau portent l'écusson de Marie-Antoinette. »
Là, le comte d'Artois, le futur roi de France Charles X, se livre sur la corde à des exercices qu'il a étudiés depuis trois mois avec les deux premiers équilibristes de l'époque1. Là, aussi, Marie- Antoinette parait dans le rôle de Colette, du Devin de village, et joue les paysannes des opéras-comiques de Favart. Le goût de la reine pour les spectacles est tellement développé, que, partout où elle se trouve et quelles que soient les difficultés, il faut installer des théâtres pour l'amuser. Ainsi, en 1778, à Marly, on aménage à la hâte la salle de comédie dans une grange. On y est fort mal à l'aise et surtout peu commodément assis, mais qu'importent les sièges, pourvu qu'on puisse jouer sur la scène! C'est la troupe de Versailles, ayant à sa tète la demoiselle de Montansier, qui fait les frais de la représentation2.
Si le théâtre de Trianon, à cause de la reine, qui y joue, est considéré comme le plus célèbre de l'histoire, le meilleur, à cette époque, est celui de Mme de Montesson. La salle de spectacle était, dit un témoin, fort simple, fort agréable, et de forme ovale. « L'amphithéâtre venait par gradins jusqu'à un rang de loges circulaires occupées par les femmes de la cour du duc d'Orléans, qui se rendaient au théâtre extrêmement parées et paraissaient toutes jolies sous l'éclat de la lumière3. »
Mme de Montesson composait elle-même ses pièces, dont Collé et Bachaumont ont fait l'éloge, mais que Mme de Genlis a depuis
1. Gustave Desjardins, le Petit Trianon. Versailles, 1 8 85 , p. i3?.. Le plafond de Lagrenée a coûté 9 600 livres. Archives nationales, 0'i884.
2. Mémoires secrets de Kaeliauinont, 5 juin 1778. Rien n'était néglige'' dans l'installation de ce théâtre. Même le service des pompes y était très développé. Les pompiers étaient sous le commandement du brigadier Chrevolat. (Archives nationales, O1 1884.)