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Mémoires de Stanislas Oirardin. Paris, 1 834 , 1K

LE THÉÂTRE DE SOCIÉTÉ

qualifiées de médiocres; elle était la principale interprèle de ses œuvres et tenait ses rôles avec grâce et désinvolture. Les plus grands personnages venaient à son théâtre, où siégeait le maître de céans, le duc d'Orléans. Les prélats s'y rendaient aussi en grand nombre et, la lorgnette à la main, ils semblaient prendre, autant qu'on peut en juger par leur physionomie, un plaisir tout particulier aux mouvements lascifs et aux attitudes lubriques des danseuses!1

Voltaire lui-même est un hôte assidu du théâtre de Mme de Montesson; il n'y est pas moins bien accueilli qu'à la Comédie-Erançaise : Mme de Montesson le reçoit dans sa loge; l'illustre vieillard se met à genoux, elle le relève en l'embrassant, le comble de caresses et lui dit avec attendrissement : « Voilà le plus beau jour de mon heureuse vie2. »

L'usage du théâtre de société était même tellement répandu qu'il fut employé comme un moyen d'éducation par Mme de Genlis. Elle raconte elle-même que, chargée d'élever les fils du duc d'Orléans (celui qui devait plus tard prendre le nom de Philippe-Egalité), elle chercha plutôt à les instruire en les divertissant qu'en les accablant de. leçons et de devoirs. Dans ce but, elle leur faisait mettre en action et jouer dans le château et dans le jardin les scènes des voyages le plus célèbres, racontés par l'abbé Prévôt. Elle donnait un rôle à toutes les personnes de la maison et elle en gardait un pour elle-même. La rivière du parc figurait la mer, et de petits bateaux représentaient la flotte. Mme de Genlis avait organisé avec le plus grand soin un magasin de costumes. Un peu plus tard, quand les princes eurent grandi, leur édueatriee fit faire un petit théâtre portatif que l'on montait dans la salle à manger; on y exécutait en tableaux vivants les grands événements de l'histoire. Lorsque Mme de Genlis avait choisi les sujets, elie les expliquait aux jeunes princes, qui s'en rapportaient ensuite pour les détails de la mise en scène aux indications de M. Merys. Un peu plus tard encore, Mme de Genlis fit bâtir une véritable salle de comédie, assez grande, et dont le fond, à l'instar de celle construite par Philippe IV dans son château du Buen Retiro, pouvait s'enlever et laisser voir à l'auditoire une longue allée décorée de fleurs et illuminée de lanternes A'éniliennes. Sur cette scène enfantine, on joua

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