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Mémoires secrets de Bachauniont, 9 avril

2. Correspondance littéraire, philosophique et critique, par Grimai, Diderot..., publiée par Maurice Tourneux. Paris, 1879, t. XII, p. gi.

lotîtes les pièces de Mme de Genlis : Dieu sait si elles sont nombreuses et si quelqu'un les connaît encore aujourd'hui!1

A Chantilly, chez les princes de Coudé, le théâtre est aussi un des passe-temps favoris : le prince de Condé, Louis-Joseph, le futur généralissime de l'émigration, s'adonne entièrement à cette distraction. Mais, n'osant avouer tout haut sa passion, il prétend, pour expliquer les représentations continuelles qui ont lieu à Chantilly, qu'il ne les donne que pour amuser sa fille : celle-ci, dont la vocation était bien différente, puisqu'elle ne devait pas tarder à se faire religieuse, jouait tous les rôles qu'on voulait par pure bonté, et elle avait fî ni par persuader à tout le monde dans la maison que c'était le meilleur de ses amusements2.

Au début, les spectacles s'étaient donnés à Chantilly dans l'une des salles du château, comme au temps où Molière venait v jouer le Tartuffe. Louis-Joseph de Bourbon, entraîné par son penchant poulie théâtre, fit élever vers 1775 dans l'admirable parterre français du parc, au milieu des allées, des pavillons, des statues, des bassins et des jets d'eau sans cesse jaillissants, un ravissant petit théâtre dont Leroi fut l'architecte et Sauvage, le fameux miniaturiste en camaïeu, le décorateur.

On y pénétrait d'abord par un pavillon carré dit d'Apollon, à la porte duquel étaient les statues de Cérès et de Bacchus, et dont les murs étaient ornés de huit portraits d'auteurs dramatiques dus au pinceau de Sauvage et sous chacun desquels était un médaillon représentant une scène de leurs œuvres. A droite on voyait Molière avec le Misanthrope, . Racine avec Athalie, Regnard avec le Joueur, Crébillon avec Atre'ê et Thyeste ; à gauche Corneille avec Cinna, Piron avec la Metromanie, Voltaire avec Me'rope, et Destouches avec le Glorieux, le tout s'enlevant en camaïeu sur un fond d'arabesques parsemé d'amours, de sirènes et de cascades3.

Derrière ce pavillon s'étendait une longue allée au fond de laquelle se voyait une porte qui était l'entrée du théâtre. On pénétrait dans le vestibule par un escalier à double rampe en acajou. Le plafond du vestibule représentait le Triomphe d'Amphion, peint par Sauvage.

1. Mémoires de Mme de Genlis, collection Barrière, t. XII, p. 1 94.

2. Lettres intimes de Mlle de Coudé à M. de la C.ervaisais , publiées par Paul Viollet. Paris, 1878, introduction, p. x\m, et p. j 56, 210, ii(>.

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