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William Hone, Ancient Mysleries described, Londres, i8î

4. C. Chevalier, les Archives communales d' Amboise, Tours, 187 \, p. 53. Comptes de la ville d'Amboise du 2 décembre i5oo. A. A. i3i, f 8. Entrée solennelle d'Anne de Bretagne. Archives de la mairie de Bourges : « Bons au drapier Durand Salvi pour fournir les étoffes nécessaires à la représentation du Mystère joué à la porte Saint-Sulpice en i5o6, lors de l'entrée du roi Louis XII et d'Anne de Bretagne. >>

LES MYSTÈRES DIALOGUES

vit selon son temps : il a les passions, les sentiments et les mœurs de son auditoire. Il n'est done pas si ridicule de l'entourer ainsi; il le serait davantage, étant donné l'esprit du rôle, si l'on représentait ce roi avec des Asiatiques de dix siècles avant notre ère.

On s'étonnera du reste encore moins des anachronismes des Mystères au xvie siècle, lorsqu'on se rappellera que, durant le Congrès devienne, au xixe siècle, au milieu des fêtes qui furent données dans la capitale de l'Autriche à l'occasion de cette réunion de souverains et de diplomates qui décidaient du sort de l'Europe, le premier théâtre de cette ville monta splendidement une pièce intitulée : Comédie sacrée de David, qui depuis 1806 avait déjà fait le tour de l'Allemagne.

On voyait dans cette pièce cinq cents hommes des troupes autrichiennes figurant des Philistins, des Juifs ou des Amalécites, avec fusils et baïonnettes, livrer sur la scène un combat de mousqueterie des plus nourris. Les empereurs Alexandre et Erançois, le roi de Prusse et les plus fins diplomates d'alors, princes de Bénévent ou comte de Nesselrode, ne se faisaient pas faute d'assister à ce spectacle, qui est resté un des plus remarquables dans les annales des pompes et des fêtes de la monarchie autrichienne.

Dans la Passion de Jésus-Christ, les centurions portent une armure complète avec bassinet; les saintes femmes ont les habits que portaient les princesses de la cour dans les jours de grande fête; elles étaient quelquefois décolletées, et à les voir, on les aurait prises pour des dames parées pour aller au bal et nullement pour figurer dans un exercice religieux. Qu'on n'oublie pourtant pas que ces rôles n'étaient qu'exceptionnellement tenus par des femmes, et que c'étaient en général de jeunes gens imberbes qui les remplissaient.

Dans les premiers Mystères, l'Eglise prêtait ses ornements comme pour les premiers drames liturgiques joués dans le chœur ou dans la nef. Dieu le Père1 est presque toujours en empereur ou en pape; il tient la

1. Voir William Hone, Ancient Mysterïes descriùed, p. i<j2. •2. Voir Mercier de Compiègne, V Eloge du sein des femmes.

Dans le Mystère de sainte Sarbe, la sainte apparaît nue aux yeux du public; il se présente là pour nous un problême délicat, car nous voyons que la sainte était figurée par un homme à Metz en 1468. Comment donc un homme nu pouvait-il représenter une femme nue? Lui mettaiton un maillot? C'est assez vraisemblable. Comme certains Mystères étaient joués en hiver on ne peut guère supposer que les acteurs eussent pu se tenir en plein air dans un costume si léger. Certains bibliographes expliquent le fait en disant que la sainte n'apparaissait nue que jusqu'à la ceinture; mais celte explication n'est pas Suffisante et n'atténue que faiblement l'invraisemblance.

COSTUMES ET JEUX DE MISE EN SCÈNE

boule du monde d'une main et le sceptre de l'autre; il a sur la tête une tiare papale2 et porte le grand manteau impérial, qui est probablement une chape d'église3. Les anges sont en surplis, tels que sont encore nos enfants de chœur, mais on leur attache des ailes4 : « Pour avoir fourny de helles et chiefs pour les Anges dudit Mistère, x s. t. »

Il n'était pas d'usage, comme de nos jours, d'indiquer en tète du manuscrit d'un Mystère le costume détaillé de chacun des figurants; cependant un fragment de Mystère conservé à la Bibliothèque de Clermont-Ferrand possède une indication de costume que, pour la rareté du fait, nous reproduisons :

u S'ensuyvent les noms des personnages et la quantité : i° Deus Pater cum barba grisa et cappa et habet très coronas supra caput et habet in manu mundum (et dans le manuscrit est dessinée à côté la boule du monde surmontée d'une croix : on faisait généralement ces boules au moyen de deux sébiles demi-circulaires réunies par les bords6).

« Item sanctus Johannes cum magna barba et cum rampa (robe0) facta ex 'pillés chamelli "' '. »

Quant au luxe déployé dans certains Mystères, il dépassait ce que nous pouvons communément nous figurer. On cite généralement le costume de Néron dans le Mystère des Actes des Apôtres joué à Bourges en 1 536 : tout était de velours brodé d'or, sa couronne était en or, couverte de pierreries, etc. Les dépenses que s'imposaient les villes pour les costumes de leurs acteurs furent presque toujours considérables, et certains personnages tenaient, par vanité, à y paraître des plus brillants.

t Voir Didron, Histoire de Dieu, Paris, 1 843, in-'4, Imprimerie royale, p. 2o5 à 207.

Mémoires de C Académie de Dijon, 3e série, t. X, année 1887, p. 3 10. Article de M. Ernest Serriguy : « On mettait à Dieu une barbe longue et blanche, et une paire de gants de prélat aux mains. »

Voir aussi Mémoires de la Commission des antiquités delà Cdte-d'Or, t. XI, années l885 à 1888 : « Au Mystère joué en i5'2i à l'entrée de François Ie' à Dijon, on acheta, pour 6 deniers, le safran et la laine pour faire une barbe à Dieu ».

2. Mémoire de la Commission des antiquités de la Cdte-d'Or, t. II (1 885 à 1888), p. 243.

3. Mystère de P Incarnation, publié parla Société des bibliophiles normands, 2 vol. 111-4, avec notice de M. le Verdier déjà cité : notice, p. lu. Les Confrères de Saint-Romain établis à la cathédrale reçoivent en prêt du chapitre tous les ornements et vêtements sacerdotaux dont ils ont besoin : crosse, mitre, chape, etc....

4. Voir Grandmaison, Documents inédits pour servir à l'histoire des arts en Touraine, Paris, 1870, p. 47-

5. Louandre, Histoire ancienne et moderne d' ' Abbeville , déjà citée t. I, p. 3lG. (i. Raub en allemand.

7. Nous remercions bien vivement M. Vimont, bibliothécaire de Clermont-Ferrand, qui nous a communiqué ce texte si curieux.

LES MYSTÈRES DIALOGUES

Alors, au moment où les Mystères ont si grande vogue, la cour de Bourgogne rivalise de somptuosité avec la cour de France. Isabeau de Bavière a mis à la mode les étoffes les plus luxueuses, qu'elle surcharge de parures et d'ornements. Durant tout le siècle, on cherchera à renchérir sur cette débauche de richesses. Les habits des grands seigneurs, à toutes les fêtes, qui se multiplieront, seront couverts de bijoux, de perles et de pierres précieuses. Ce sera la grande folie du temps, et les bourgeois qui jouent dans les Mystères chercheront durant la représentation à faire une ostentation semblable.

Ce besoin de paraître se retrouve dans tous les spectacles, et, pour ne citer qu'une anecdote, nous rapportons celle-ci, qui nous a paru assez piquante :

A Rouen, un bourgeois nommé Lechevallier veut surpasser ses camarades; il remplit le rôle de Pilate et demande à un peintre de lui faire un trône splëndide pour siéger devant le public; celui-ci répond amplement aux vœux de son client. Durant la représentation, Lechevallier put se croire un véritable souverain tant ses vêtements et sa chaire étaient resplendissants ; mais après il fallut en rabattre, car le peintre réclama 3o livres pour son œuvre, et 3o livres étaient 1000 francs de notre monnaie. De contrarié qu'il était, Pilate devint furieux et refusa de payer; le Parlement dut. rendre, le i4 mai i5o3, un arrêt le condamnant à acquitter ladite somme au peintre'.

On trouve aussi dans le dialogue la preuve du luxe général de ces fêtes.

Dans la Passion, par exemple, la Madeleine se plaît à énumérer tous les avantages de sa beauté, à vanter son luxe, la richesse de son vêtement, de sa parure, de son train de vie2. Elle demande du baume égyptien, et quand on lui en présente, elle en veut davantage, « bien que ce soit très cher ». Elle se fait donner des boîtes de précieux parfums, elle désire des tapis, des pierreries et des fleurs, en un mot toutes les satisfactions de la richesse. Elle se livre devant son miroir à des « amignonnements » sans fui; elle demande des « oignements » pour tenir sa peau belle et fraîche.

1. Gosselin, Histoire du théâtre à Rouen avant Pierre Corneille, Rouen, Cagniard, 1868, in-8,

2. Voir l'abbé Anis, les Mystères représentés à Laval de i4g3 à 1 538, Laval, 1887, 111-8, p. 8 : « Même avec un rôle secondaire, on était heureux de paraître avec éclat. Beaucoup se taisaient fête de porter, au moins une fois, un habit de soie ou d'empereur. A Laval, on vit dans le Mystère de sainte Barbe cent joueurs habillés de soie et de velours à pleine ^ oie.

Costume d'une grande daine du xvc siècle, tel qu'en revêtaient les saintes femmes dans les Mystères.

COSTUMES ET JEUX DE MISE EN SCÈNE

Ce sont des jeunes gens costumes en femmes qui figurent ainsi Marie- Madeleine ou autres mondaines de la scène1!

Pour faire contraste avec le luxe de la Madeleine ou d'autres femmes, nous terminerons l'étude du costume par celui des diables. Le diable était l'acteur populaire par excellence. « On saluait avec joie l'être familier qui avait une place si importante dans les histoires du coin du feu, que tout le monde croyait pouvoir rencontrer un soir sur sa route, ennemi populaire du genre humain, à qui est écbu dans la légende le rôle du loup dans la fable, être méchant et risible auquel on tâchera déjouer le plus de bons tours qu'on pourra. Dès qu'il paraissait dans son grotesque accoutrement, tous les yeux se reportaient sur lui : ses contorsions et ses hurlements auraient suffi à faire trouver la pièce intéressante : on était trop heureux de pouvoir rire un jour de qui nous faisait peur2. » Les diables, qui avaient un rôle si important, étaient moins luxueux; mais leur accoutrement mettait en frais l'imagination du tailleur. Rabelais décrit ainsi leur costume dans la Passion que Villon fit jouer à Saint-Maixent : « Ils étoient tous capparassonez de peaux de loupz, de veaulx et de béliers, passementées de testes de moutons, de cornes de bœuf et de grands havelz de cuisine ceincts de grosses courroyes, esquelles pendoient grosses cymbales de vaches et sonnettes de muletz, à bruict horrifique. Tenoyent en main aulcuns basions noirs pleins de fusées ; aultres pourtoyent longs tizons allumez, sur lesquelz à chascun carrefour jectoient plaines poingnées de parasine (poix-résine) en pouldre, dont sortoyt feu et fumée3. » Il nous paraît cependant que les diables avaient pris un costume qui, tout en variant quelquefois, s'était généralisé; ils portaient un maillot noir souvent à longs poils et une coiffure à oreilles de chien tombantes que rehaussaient des cornes de bouc4. Pour se rendre plus horribles, ils se barbouillaient d'ordinaire les mains et la figure de cirage ou d'autres enduits noirâtres, et les entrepreneurs de Mystères ou les municipalités devaient payer aux établissements de bains les frais nécessités par leur nettoyage5.

i. Olivier de la Marche, dans son livre du Parement des Dames, nous faisant la description de l'accoutrement dont il voudrait voir orner la dame de ses pensées, décrit l'habillement que portaient dans les grands Mystères du xv° siècle les femmes qui y assistaient, ou même le jeunes gens « vaniteux de leur beauté » qui, jouant des rôles de femmes, en portaient les vêtements.

i. Jusserand, le Théâtre en Angleterre, Leroux, 1881, p. 5o.

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