Archives nationales. AF2 3o f° 34 (?.5 floréal an II
;tssis sur des gradins en amphithéâtre posé sur un plancher en pente s'élevant depuis l'orchestre jusqu'à la hauteur des premières loges1. La toile du rideau, d'un grand effet, représentait un « temple majestueux et simple, qui faisait ressortir la frivolité du reste de la salle2 ». Les décors de ce nouveau théâtre, pour avoir déjà pas mal servi, n'en étaient pas moins fort beaux et fort nombreux, car c'étaient ceux des Menus Plaisirs du roi que la Convention venait de faire enlever du palais de Versailles et transporter rue de Louvois.
Durant toute la période de la Révolution, les événements du jour sont mis au théâtre, et les pièces historiques forment même le fond de la littérature dramatique de l'époque.
On débute par la Prise de la Bastille; on annonce que l'on fera paraître à la scène des gardes françaises qui ont combattu et forcé la vieille prison d'État. On ne ménage pas l'argent pour la mise en scène de pareilles représentations. Tous les soirs, on dépense à eette occasion 2000 livres de pétards, de coups de canon et de feux d'artifice! La vogue de ces spectacles passe même le détroit, et la Prise de la Bastille est un des grands succès du théâtre anglais à la fin du siècle. On continue par la Mort de Mirabeau, et l'on groupe autour de son tombeau ries acteurs grimés de façon à représenter les amis du défunt. Puis viennent successivement tous les événements du jour, tant à la Comédie-Franeaise qu'à l'Opéra, à Feydeau et au théâtre Louvois. On joue le Siège de Lille, la Mort de Dampierre, la Mort de Marat, Marat dans le souterrain des Cordeliers, plusieurs pièces intitulées : la Prise de Toulon par les Français, la Royauté abolie, le Départ des volontaires pour Vannée, le Chêne patriotique ou la matinée du i4 juillet, l 'Apothéose du jeune Barra, etc., etc.". ...
A l'Opéra, ce sont des spectacles à cantates, tels que le Triomphe de la République ou, le camp de Grand-Pré, la Patrie reconnaissante ou l'apothéose de Reaurepaire, le Siège de Thionville, Toulon soumis, etc..., et enfin la Réunion du 10 avril ou V inauguration de la République française, sans-culottide dramatique, que depuis on a qualifiée de panade grotesque4, aussi faible de composition musicale que d'inspi-
1. Journal des Théâtres et des Fêles nationales, déjà cité, 6 fructidor an II.
2. Voir dans le xviii° siècle, au chapitre des Salles de spectacle, le détail de la décoration de ce théâtre.
3. E, et J. de Goncourt, Histoire, de la Société française pendant la Révolution. Paris, 1 8 5 î, (. I, ]>. '5i i .
j. E. et J. de Goncourt, op. cit.. passim.
LE THEATRE PENDANT LA RÉVOLUTION. 5o3
ration lyrique, mais qui alors eut un succès incomparable, puisqu'elle fut jouée vingt-quatre fois de suite.
Après le 9 Thermidor apparaissent les pièces réactionnaires. Il en est une surtout que l'on peut considérer comme le prototype du genre, intitulée les Aristides modernes ou l'intérieur des comités révolutionnaires, sanglante caricature des hommes qui ont souillé la grandeur de la Révolution par des massacres inutiles et cyniques et l'ont ridiculisée par une incapacité aussi bruyante que nuisible au développement de ses principes et de sa gloire.
Avec le Directoire, les pièces d'actualité historique diminuent et les vieux genres reprennent. Les merveilleuses et les muscadins ramènent à la sentimentalité de Rousseau, aux bergeries, aux ariettes, et bientôt, sous le Consulat et l'Empire, la censure et la pénurie d'auteurs, comme les décrets impériaux, réduiront le théâtre à sa plus simple expression.