CHAPITRE III
LE THÉÂTRE PENDANT LA RÉVOLUTION LA MISE EN SCÈNE, LES DÉCORS ET LES COSTUMES
Les secousses multiples qui ébranlaient l'Europe entière ne pouvaient se produire sans atteindre aussi la mise en scène. Tout d'abord, sous l'influence des idées démocratiques, la muncipalité parisienne, mue par un sentiment d'égalité, transforme tous les théâtres. Elle décide de supprimer les loges : elles sont inutiles, puisqu'il n'y a plus d'abonnés pour les occuper. A la place des avant-scènes, elle fait poser de chaque côté deux cloisons au milieu desquelles sont des niches où l'on installe les statues de la République et de la Liberté; puis les amphithéâtres sont réunis aux loges, qui voient disparaître leurs séparations intérieures et deviennent de larges promenoirs où l'on fume la pipe, à défaut des cigares et des cigarettes, qu'on ne connaît pas encore. On se croirait dans un skating ou aux Folies-Bergère. On arrache l'ancienne tenture des loges, on la remplace par des papiers tricolores, et dans les grands théâtres on orne les troisièmes galeries des bustes des héros de la Révolution, Marat, Lepelletier Saint-Fargeau, Barra, Yiala, etc —
Puis, ainsi qu'aurait pu le faire le général Boulanger lui-même, la municipalité peint les salles tout entières aux couleurs nationales, comme les guérites de 1888. Les plafonds de du Rameau, de Rcslout, de Lagrenée et des autres disparaissent sous des bandes alternées de papier blanc, bleu et rouge. Les frises sculptées et dorées des balcons, les mufles de lion, les branches de laurier, les guirlandes de fleurs, les pilastres variés, se couvrent de cette même peinture nationale. II en est de même du rideau, au milieu duquel est représentée en couleur bronzée une statue de la Nature, de la Raison ou de la Liberté1.